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De Thaïlande à Singapour : la dernière ligne droite

  • Photo du rédacteur: lademandeenvoyage
    lademandeenvoyage
  • 7 févr. 2019
  • 30 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 mai 2020



Nous traversons Myawaddi direction la frontière. Cette dernière est délimitée par la rivière Moei, de l'autre côté, Mae Sot. La vallée où nous nous trouvons est donc scindée en deux, elle paraît pourtant isolée autant du reste de la Thaïlande que du reste du Myanmar du fait des massifs montagneux. Pas surprenant que cette région frontière ait été longtemps le théâtre de revendications indépendantistes voire de conflit armé au sujet de la délimitation de chaque pays. Une fois de plus, les frontières politiques ne reflètent pas la réalité des peuples qui se sont installés dans ces régions. Côté birman, toute cette partie de la frontière avec la voisine Thaïlande est située dans l'état Kayin, qui jusque récemment était en guerre contre la junte au pouvoir. Une des grandes réussites du nouveau gouvernement démocratique du pays est justement d'avoir su mettre un terme aux hostilités. A Kawkareik, nous avons pu voir de nombreux écriteaux militant pour la paix, encore toute fraîche. Le poste frontière grouille de monde dans les deux sens, piétons, motos, van, voitures... et un tandem, Georges. Frontière ouverte depuis peu d'années mais déjà très empruntée.

Nous franchissons le pont de l'amitié, au milieu duquel nous changeons de côté de la route ! Notre premier pays à conduite à gauche. Le passage du poste de douane côté thaï sera tout aussi simple que la sortie du Myanmar et, alors que Clarisse cherche à remplir les gourdes pour soulager nos gosiers asséchés, un agent lui offre deux bouteilles d'eau accompagnées d'un « Welcome to Thaïland ! », les frontières nous surprennent toujours.

Avec tout ça il est déjà la fin de journée, surtout que nous venons de « perdre » une heure en changeant de pays. Premier constat, le pays est nettement plus riche que celui que nous venons de quitter, nous le savions mais nous pouvons le palper : état de la route, commerces, voitures... Nous trouvons une confortable guesthouse pour fêter notre arrivée en Thaïlande. Le propriétaire nous confiera qu'à Mae Sot quasiment tout le monde est birman... nombreux ont fuit la dictature.

Thaïlande

C'est parti pour notre 1er jour de vélo mais avant nous nous offrons un café, un vrai ! Fini les coffee-mix, la Thaïlande s'est mise au goût des occidentaux et de nombreux cafés peuplent villes et bords de route. Nous nous délectons de ce goût oublié depuis plusieurs mois, depuis notre pension au café Brio de Osh début août ! Nous devons franchir un massif montagneux pour quitter la vallée de Mae Sot et ainsi rejoindre le centre de la Thaïlande et la rive de la rivière Ping, que nous suivrons vers le sud. A peine quitté la ville et gravi la première côte, nous déchantons. Ca va être bien plus dur que prévu : la route est en fait une sorte d'autoroute bien empruntée, les côtes sont très raides et il fait extrêmement chaud. Pas question de nous épuiser à franchir ces montagnes sur une route désagréable, on a assez donné ! En plus ça va nous prendre un temps fou alors qu'il nous reste moins d'un mois pour rejoindre Singapour. Bref, nous changeons notre fusil d'épaule : on va tenter de faire du stop. A peine levé la main qu'un pick-up s'arrête, on n'en espérait pas tant ! On charge Georges dans la benne et nous nous installons à ses côtés, les cheveux au vent et les moucherons dans les dents. Ils nous conduisent en haut de la première montagne... que nous sommes contents de ne pas avoir tenté à vélo ! Les côtes sont horriblement raides !! Et ça n'en fini jamais. Clarisse y aurait laissé ses genoux et tous les deux notre motivation pour finir le voyage.


Nous redescendons à vélo jusqu'à la montagne suivante, de nouveau un pick-up s'arrête tout de suite. Trois jeunes en sortent, ils étaient en déplacement professionnel et ils retournent jusqu'à Bangkok et peuvent donc nous amener jusqu'à Tak après la montagne. Ils proposent même de nous amener à Bangkok mais on ne va pas trop abuser, on est en voyage à vélo tout de même. Dans la montée nous doublons un cycliste en peine. Giv, notre conductrice s'arrête immédiatement, elle a vraiment le cœur à aider les cyclistes ! C'est un français, la soixantaine, nous lui proposons de monter mais il décline, quelques secondes plus tard il tourne pâle et manque de s'évanouir... nous l'asseyons et lui donnons eau et sucre. Pédaler dans ces montagnes avec un tel cagnard tient du masochisme ! Lorsqu'il est requinqué, nous continuons notre route, il nous dit qu'il va camper un peu plus loin. Nous espérons qu'il s'en est bien sorti. Au col, nous faisons une halte dans un grand marché couvert de fruits et légumes. Nous y trouvons notamment du raisin succulent et des fruits de la passion... Nous sommes en manque de fructose ! En Birmanie finalement nous avons mangé peu de fruits hormis les bananes. 80 km plus loin, Giv nous dépose et nous la remercions chaleureusement. Nous avons parcouru en 2h ce que nous aurions fait en 2 ou 3 jours, nous sommes désormais dans la plaine, ça va rouler !

On emprunte de petites routes au bord de la rivière, nous sommes ravis de voir qu'en Thaïlande même le réseau secondaire est asphalté et, qui plus est, entretenu. C'est donc sur des routes lisses et calmes que nous avalons quelques dizaines de kilomètres, histoire de se sentir un peu moins coupables de notre saut motorisé. Comme une journée doit forcément avoir son lot de difficultés, la recherche d'un coin pour camper s'avérera bien plus ardue que nous l'imaginions. L'idée d'être dans un pays où le camping n'est pas interdit nous avait un peu trop mis en confiance. La nuit s'approche et aucune possibilité pour camper ne se présente : nous ne voyons que maisons et cultures. Nous tentons plusieurs chemins s'éloignant de la route, sans succès. Juste avant le crépuscule, nous passons devant une maison où un jeune joue à la pétanque. Nous nous arrêtons et lui demandons si nous pouvons camper dans son jardin, ce n'est pas chez lui mais chez sa tante, il part la chercher. Elle n'est pas vraiment enjouée à nous laisser rester mais lorsqu'elle comprend que si elle nous dit non nous allons repartir sur la route alors qu'il fait quasiment nuit, elle accepte finalement et nous indique même les toilettes. Nous posons la tente sous un bananier, un jeune chien aussi mignon qu'infernal nous tient compagnie, il nous empêchera de dormir une grande partie de la nuit car cherchant à se blottir contre nous à travers la toile de tente, ou far-fouinant autour. Les chiens de ces contrées sud-asiatiques dorment le jour du fait de la chaleur, et sont donc suractifs la nuit, pas de chance pour nous. A 6h du mat, après une courte nuit, les hauts-parleurs suspendus aux lampadaires de la route se mettent en marche et braille probablement les infos et des pubs : la radio pour tous ! Ca nous rappelle nos mauvaises nuits birmanes.

Nous suivons la rivière Ping jusqu'à Chat Nai, longeant rizières et bananeraies. Régulièrement nous passons devant un temple bouddhiste, leur architecture est tout aussi jolie mais bien différente de celle des temples en Birmanie : pas de pagodes dorées mais de hauts et étroits bâtiments blanc surmontés d'un toit très effilé et bordées de sculptures. Bien que partageant le même courant du bouddhisme, il est clairement pratiqué différemment dans les deux pays. Nous passons une nuit dans la petite ville, l'occasion de faire un tour au marché de nuit pour notre repas du soir. Stupeur : absolument toute la nourriture à emporter est emballée dans du plastique. Riz, moules, sauces... quelle déception, mais où sont les plats dans de la feuille de bananier ?! Nous finissons dans un petit resto pour ne pas repartir avec plus de polymère que de mets. Pour le dessert nous dégotons un stand de crêpes tenue par une mamie. On teste la crêpe bourre-bide : elle est fourrée avec de l'oeuf battu et de la banane, sans oublié le lait concentré, dont les thaïs semblent adeptes. Il faut quand même que nous vous disions que la Thaïlande est le premier pays où nous voyons des personnes tendant vers l'obésité. En Asie Centrale il y avait certes quelques « gros », avec la bedaine proéminente qui dénote plus un excès de nourriture riche qu'autre chose. Ici nous retrouvons les gros engendrés par les abus de soda et autres sucres raffinés et le manque d'exercice physique : bienvenu dans un pays qui s'est bien trop américanisé. Nous serons heureux de voir que le pays prend tout de même conscience du problème de pollution plastique car nous croisons pas mal de réclames "Stop foam" (contre les barquettes en polystyrène) ou encore "Plastic bag free". Et c'est avec bonheur que nous découvrons les distributeurs d'eau filtrée, si pratique pour remplir ses bouteilles pour quelques centimes.

Cette partie de la Thaïlande est sympa mais nous savons que nous n'avons pas assez de temps pour tout faire en vélo et nous aimerions bien voir différentes parties du pays. Du coup nous choisissons de retenter l'expérience du stop qui avait si bien marché. Les thaïlandais ont pour beaucoup des pick-ups assez grands pour y mettre le tandem, autant en profiter. Nous visons Nakhon Pathom, 200 km au sud, où nous comptons prendre le train pour la partie sud du pays. Il se met à pleuvoir ce qui jouera probablement en notre faveur car une dame et sa fille acceptent de nous amener à Suphan Buri, à mi-chemin, alors qu'elles n'allaient pas aussi loin... Si on a bien compris, elles ont probablement fait un détour de 100 km pour nous ! On est un peu gênés mais elles ont l'air heureuses de nous rendre service : c'est du bon karma assuré. Nous n'aurons pas trop de mal à trouver une deuxième voiture pour nous amener jusqu'à notre destination, elle nous amène même directement à la gare ! Décidément les thaïlandais sont vraiment sympas (en fait nous n'avons été pris en stop que par des femmes, ont-elles eu pitié de Clarisse ? Ou sont-elles plus enclines à aider leur prochain ?). Nous achetons un billet pour Prachuap Kiri Khan, qui se situe sur la côte de la péninsule sud asiatique, là où la Thaïlande n'est plus qu'une étroite bande. Nous avons envie de voir à quoi ressemble cette partie puis nous reprendrons le train un peu plus loin.

Georges pourra aller dans le wagon bagage et le train est prévu pour la fin d'après-midi. Mission réussie : nous allons avoir couvert près de 400km en une journée, comme nous l'espérions.


Nous descendons du train vers 21h et trouvons rapidement une guesthouse en plein centre. Bienvenu dans la Thaïlande touristique, celle des plages et des îles. On croise déjà pas mal d'européens en vacances, même si ce n'est pas vraiment la saison, la saison des pluies n'est pas encore tout à fait terminée, ce que nous comprenons dès le lendemain. Nous sommes sur le point de partir quand des torrents d'eaux se mettent à tomber du ciel : un belle averse de mousson en règle, nous n'avions encore pas expérimenté ce type de météo. Heureusement qu'il fait chaud. Nous attendons que l'ondée s'arrête et nous prenons la route direction sud.


La côte n'a rien d'exceptionnelle en cette saison et sous la grisaille mais nous profitons des routes calmes entre les plantations de cocotiers : après la région du riz, nous voilà dans la région de la noix de coco. La Thaïlande produit le lait de coco pour le monde entier. C'est assez inédit de voir des troupeaux de vaches brouter au pieds des cocotiers alors nous nous régalons de ce spectacle dépaysant. C'est sur la côte, au milieu de nulle part que nous croisons Maxim et Natalia, jeunes russes qui viennent passer deux mois en mode travail à distance dans ce coin du monde. Ils travaillent sur ordinateur et peuvent donc le faire de n'importe où. Ils nous font comprendre qu'ils ont dans l'idée d'acheter un tandem et de voyager avec dans les années qui viennent, ils sont donc intrigués par nos aventures. Ils se dirigent vers Langkawi, île de Malaisie où nous comptons aussi passer, nous nous disons donc à bientôt.


Nous cherchons un endroit où dormir à Ban Krut (qui se prononce banque-route oui oui), mais cette petite station balnéaire se révèle hors de notre budget, nous allons donc camper. La météo étant vraiment incertaine, nous ne sommes pas franchement enthousiastes à cette idée. Je suis un peu désenchanté par la météo, un peu déçu de la Thaïlande jusque-là et très probablement un peu fatigué du voyage, ma mauvaise humeur rend la querelle facile et je n'ai plus envie de rien décider. Clarisse, qui commence à me connaître (ben oui quand même, vous croyez quoi après 9 mois sur le même vélo ?!), prend les choses en main et commence par nous faire un petit dîner sur la plage (si je suis pénible, c'est en général en premier lieu car j'ai faim, ça elle l'a bien compris). Les éclairs illuminent le ciel au-dessus de la mer, c'est l'avertissement, il risque fortement de pleuvoir cette nuit. On voit sur la carte qu'un monastère ne se trouve pas loin. On nous a dit que du bien des monastères du pays : ils accueillent sans problème les étrangers et ici ils n'appellent pas la police. On choisit de tenter l'expérience histoire de trouver un toit pour mettre la tente dessous. Effectivement on nous accueille sans soucis et sans formalités, on nous demande si nous voulons une chambre, nous déclinons et montrons un espace couvert. Nous sommes autorisés à y monter la tente. Ils nous amènent même un ventilateur ! Quelle chance, et pour couronner le tout il y a des toilettes et des douches, un véritable hôtel ! Si seulement il y avait la même simplicité d'accueil en Birmanie, le pays en serait tellement plus agréable.

Le ciel n'est toujours pas bien clair à notre réveil mais la pluie nous épargnera jusqu'à ce que nous atteignons la petite ville suivante en longeant la côte. Ca doit sûrement être très beau sous le soleil mais là c'est un peu terne. Nous nous réfugions le temps d'un café, dont nous profitons il faut l'avouer, quotidiennement, puis nous nous rendons au marché couvert pour trouver un petit-déjeuner. Nous avons bien du mal à satisfaire notre envie de sucré au réveil depuis notre arrivée dans le pays. Il semble que les thaïlandais ne diversifient pas vraiment la nourriture entre les repas (le concept de repas n'est d'ailleurs pas forcément adéquat puisqu'en Asie on mange un peu quand on veut et quand on peut). Dans la rue on trouve donc dès le matin des échoppes vendant de la soupe de nouille ou des currys, pas vraiment ce qui nous botte. Fort heureusement les petits marchés ont toujours leur lot de surprises et nous trouvons un stand qui vend du riz gluant sucré à la coco et accompagné de mangue fraîche. Un vrai délice et idéal pour nourrir un cycliste. Nous sommes rassasiés mais les trombes tombant du ciel ne s'arrêtent pas pour autant, il a beau faire relativement chaud, là c'est vraiment se tremper pour se tremper. Nous laissons passer presque deux heures à observer les deux-roues bravant le déluge. Ils sont habitués et sont toujours prêt à dégainer leur poncho à la moindre goutte. « Un poncho ! C'est ça qu'il nous faut ! », nous finirons-nous par nous dire. Clarisse va jeter un œil dans le marché et revient positive : un vendeur en a qui peuvent faire l'affaire. Nous enfilons nos bâches en plastique sentant bon le polymère neuf et nous sommes enfin parés à affronter la mousson.


Vu que nous ne faisons que du plat, nous supportons les ponchos mais dès qu'il faut forcer c'est une vraie hutte de sudation là-dessous. Nous avalons 20km sans trop de mal, rien de ne peut nous arrêter désormais ! On arrive tout de même à finir la journée trempés car nous enlevons nos protections lors d'une accalmie... qui s'avérera trop courte pour nous laisser le temps de nous rhabiller. Nous trouvons heureusement un hôtel en bord de route et nous y réfugions totalement trempés jusqu'aux sous-vêtements. Rien pour manger dans ce coin perdu mais heureusement une supérette nous sauve et nous voilà à cuisiner au réchaud devant notre chambre. Révélation du jour : ce n'est pas la bonne saison pour ce coin du pays, on va donc au plus vite filer plus au sud. Il nous faut au moins rejoindre Chumphon la prochaine grande ville. Le soleil que nous n'attendions plus nous cueille au réveil, ça fait vraiment du bien. On en profite pour finir de sécher nos affaires pour lesquelles l'air froid du ventilo de la chambre n'a pas suffit. Chambre dont les murs lissent et l'ameublement minimal ne permettait même pas d'étendre une serviette, heureusement nous avions réussi à installer notre corde à linge dans toute la longueur de la pièce.


Sur la route nous tombons sur un groupe de retraités allemands à vélo. Parmi eux, un couple qui font un tour du monde en tandem de 2016 à 2021, rien que ça ! Ils ont l'air de péter la forme malgré tous les kilomètres déjà parcourus et plusieurs mois passés en Inde. Je leur demande d'ailleurs comment c'était, réponse en un mot : sale ! Ils sont accompagnés pour la Thaïlande d'un couple d'amis dont le mari ne compte pas moins de quatre-vingts printemps et en fait bien dix de moins. Le vélo conserve. A Chumphon, un bon curry dans le gosier, nous allons voir les horaires de train pour Trang, ville située au sud-ouest du pays. A partir de là nous pédalerons de nouveau jusqu'à Satun où nous prendrons le bateau pour l'île de Langkawi. Le train est à 1h30 du matin, ça nous laisse le temps ! Seuls deux trains par jours font le trajet Bangkok-Trang, tous deux passent ici en pleine nuit, pas très logique. On se dit qu'on va donc tenter d'aller jusqu'à Surat Thani en stop d'où nous espérons trouver plus de trains. On se rend à la sortie de la ville, à 10 km de là, où l'autoroute passe. Nos expériences nous avaient mises en confiance, là nous déchantons. Quasi aucun pick-ups avec la place pour George et les seuls qui s'arrêtent ne vont pas bien loin. Un de ces vendeurs de glaces ambulants arrivent comme le messie. On se réconforte avec une bonne glace coco arrosée de lait concentré. Les idées rafraîchies, nous rebroussons chemin jusqu'à la gare... Il est 17h, finalement nous attendrons. On s'offre un ananas en bord de rue, ils sont délicieux et si bon marché qu'on aurait tord de s'en priver, surtout que Clarisse adore ça.

Nous tentons de glaner quelques minutes de sommeil sur un banc devant la gare, nous sommes loin d'être les seuls. Le train daigne enfin arriver à 2h30 du matin, une heure de retard rien que ça. Courte nuit, dormir assis dans un train thaïlandais n'est pas une sinécure, surtout que le train est constamment parcouru de vendeurs de nourriture ambulants, miaulant leur marchandise. Nous arrivons à Trang vers 9h30 du matin, le train a doublé son temps de retard depuis que nous sommes montés, ça semble habituel.

Nous commençons à voir des thaïlandais musulmans. Le sud du pays est à majorité musulmane et dans la partie Est, il est très fréquent que des attentats soient menés contre les intérêts du gouvernement par des groupes indépendantistes. A Trang et dans la partie ouest où nous nous trouvons, aucun problème de ce type à signaler. On se trouve une agréable chambre d'hôtel avec haut-plafonds et bruits de la rue en stéréo, on s'y sent bien surtout après la mauvaise nuit précédente. La ville n'a pas grand chose de remarquable mais nous nous faisons un devoir de goûter à tous les stands vendant des choses à grignoter : ananas, bananes frites (dont on raffole), pâte de riz sucrée... Bien qu'un peu sur notre faim quand à la cuisine thaïlandaise, nous devons reconnaître que nous nous sommes bien régalés de toutes ses petites choses qui se vendent en bord de route. Pour le dîner, nous avons trouvé un restaurant qui fait des « pad thaïs », plat si emblématique des restaurants thaïlandais que l'on trouve en France et pourtant pas si commun dans les régions que nous avons traversées : nous n'y avons quasiment trouvé que des currys et des soupes de nouille à notre grande déception. Hors des sentiers touristiques la cuisine traditionnelle locale n'est peut-être pas celle que nous idéalisons, ou simplement peu de choses étant traduites en anglais, il nous a été impossible de commander ce que nous aurions aimé.

Direction Satun. Nous retrouvons les plantations de caoutchouc comme au sud de la Birmanie mais ici les palmiers à huile de palme leur font concurrence. Nous cheminons à l'ombre, entre les parcelles de l'un ou de l'autre de ces arbres qui ont désormais remplacé la végétation d'origine.Les routes sont toujours aussi bonnes et calmes et les habitants, qui ne voient pas passer grand monde, nous accueillent avec de grands sourires. Comme partout on nous demande si nous sommes allés à Phuket, non merci les îles supra-touristiques bardées d'hôtels on évite, ce à quoi ils nous répondent en général que nous avons bien raison.

Après ces deux derniers jours de vélo, nous arrivons à Satun, ville frontière avec la Malaisie. Depuis quelques kilomètres changement radical dans le décor culturel, les petits autels bouddhistes présents devant chaque maison depuis le nord du pays ont disparu et les temples cèdent place aux mosquées. Les femmes portent le voile et les hommes le calot. Retour en terre d'Islam. Nous passons les 14000 km juste avant d'arriver à notre destination du jour. Ce soir nous sommes accueillis par Ban Pot du réseau Warmshowers et sa petite famille. Ses deux enfants de 4 et 6 ans apprennent l'anglais depuis leur plus jeune âge (notamment grâce aux dessins animés sur internet) et ils se débrouillent très bien ! Ce soir nous passons aux fourneaux : nous leur cuisinons des spaghettis bolognaise, ils n'auront pas l'air hyper emballés et préfèrent la soupe de crevette que la femme de Ban Pot a préparée (excellente au passage) mais nous en tout cas on se régale et on mange comme quatre. Nous partageons un moment vraiment agréable dans cette famille de tradition musulmane mais pas vraiment pratiquante (Ban Pot nous fait goûter de l'alcool de palmier maison, qu'il nous présente comme du « wine »). Ca faisait longtemps que nous n'avions pas été accueillis, nous avons donc pleinement apprécié le moment.


15 décembre, dernier jour en Thaïlande, nous y aurons passer à peine 8 jours mais c'est le jeu de s'être fixé une date d'arrivée à Singapour... On reviendra peut-être à la bonne saison cette fois ! Rapide passage dans le centre-ville de Satun, on y boit le café le plus cher de notre séjour et clairement pas le meilleur puis nous faisons le plein d'ananas pas chers au marché, on nous a dit que la Malaisie était plus onéreuse alors on fait « Chirac » (cf notre article sur la Chine pour la référence). On file vers l'embarcadère à 10 km de la ville. Pour notre dernier repas on trouve enfin une salade de papaye verte, dont je raffole, dans une petite guinguette tenue par des thaïlandaises musulmanes. Désormais baptisée « la guinguette de la dernière chance ».


Nous arrivons à convaincre l'équipe du « ferry » (qui n'en est pas vraiment un) de mettre le tandem dedans et non de le laisser dehors se prendre des vagues d'eau salée. C'est parti pour 2h de traversée direction la Malaisie ! Nous garderons un souvenir mitigé de notre court passage en Thaïlande, le pays nous a probablement semblé un peu terne car finalement ressemblant à nos standards, après la Birmanie qui est un spectacle permanent et un dépaysement total. D'autre part nous avions de grandes attentes sur la cuisine que nous n'avons pas réussi à combler, c'est comme ça, on ne peut pas réussir son passage dans tous les pays ! Espérons que la Malaisie, dont nous savons peu de choses, nous surprenne.

Malaisie

Nous débarquons en fin d'après-midi sur l'île de Langkawi, qui est à la fois station balnéaire et duty free géant pour les Malais. Nous nous extirpons au plus vite du « terminal » des ferries qui ressemble à un « mall » américain et où les fast-foods internationalement connus se jouxtent. Ils ne nous avaient pas manqués ceux-là. Nous devons rejoindre Maxim et Natalia dans le nord de l'île, à 30 km de là alors que la nuit va vite arriver. Nous traversons la ville principale, Kuah, et ses barres d'hôtels et traversons l'île. 1H30 plus tard, il fait quasiment noir et nous arrivons à l'adresse que nous ont donné nos amis. Nous n'avions pas de quoi les joindre, ils sont contents de nous voir enfin arriver. Ils se sont trouvés une location de bungalow pour un mois. C'est sommaire mais pas désagréable : une grande pièce, une salle de bain, le tout climatisé. Il manque tout de même de quoi se faire à manger. Ils nous disent tout de suite de ne rien laisser sur le vélo car des singes rôdent. Plaisante soirée en leur compagnie, ils avaient acheté de quoi manger pour tous les quatre et nous sortons le réchaud pour réchauffer tout ça. La communication n'est pas toujours évidente car ils ne parlent pas très bien anglais mais leur sympathie nous touche beaucoup, nous faisons plus ample connaissance. Nous sommes exténués et nous nous couchons sur nos matelas de camping, pendant que nos hôtes se mettent devant leurs écrans pour travailler : ils bossent une bonne partie de la nuit pour être en phase avec les horaires russes. Nous sombrons, bercés par le bruit des claviers et des clics.


Le premier aperçu de la Malaisie que nous offre Langkawi n'est pas déplaisant. La partie nord de l'île possède de belles plages (bon par contre il ne faut pas regarder trop à l'ouest où l'immense cimenterie Lafarge gâche complètement le tableau). On fait connaissance avec le « coco shake »: glace pilée, eau et chair de noix de coco et, boule de glace vanille... On trouve toujours des mangues et des ananas et il y a plein de nourriture à goûter. Mais ce qui est un grand changement va nous frapper assez rapidement sur les bords de route. « Clarisse ! On peut lire les pancartes ! ». Car oui, nous retrouvons enfin une langue écrite en alphabet latin. Et lire nous ouvre la porte à reconnaître et nous rappeler des mots... très important notamment côté bouffe : on va enfin pouvoir décoder les menus ! On sort du statut d'illettrés que nous avons vécu plusieurs mois durant et croyez moi ça fait du bien. On passe une deuxième soirée avec nos hôtes, deuxième nuit à dormir alors qu'ils travaillent, la situation est quand même assez drôle mais ils sont vraiment gentils de nous héberger. Nous retournons à Kuah pour prendre cette fois le ferry direction Georgetown sur l'île de Penang. Nous économisons les kilomètres en nous rendant directement là-bas et non en pédalant sur la partie nord du pays.

A l'origine nous espérions traverser la Malaisie par la côte Est, beaucoup moins développée et à priori magnifique mais nous n'avions pas prévu que ce serait la saison des pluies et les routes y sont totalement impraticables (il est franchement déconseillé de se rendre sur cette côte en cette saison). Le milieu du pays, où se trouve les Cameron Highlands, est montagneux et les routes y sont raides, la perspective de montées infernales sous les averses nous a fait opter pour la simplicité : la côte Ouest, la plus plate, développée et la plus peuplée.

Nouvelle traversée avec le même équipage que la veille, rien besoin de dire, un regard, on se marre et Georges est naturellement mis à l'intérieur. Traversée relativement mouvementée au grès des vagues avec un film de série Z malaisien sur les écrans, qui recommence au début alors qu'on allait enfin avoir le dénouement... la blague. Débarquement à Georgetown à côté d'un immense paquebot rempli de chinois. La ville est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco pour son centre-ville à l'architecture coloniale préservée. Georges est ravi ! Une ville à son nom. Passage rapide par le centre, où nous dégustons un excellent « coco shake » puis dîner dans le quartier Little India. Suite à quoi nous nous rendons chez Benoît, français expatrié depuis pas mal d'années en Malaisie, notre premier Warmshowers compatriote. Tout d'abord ravis qu'une piste cyclable le long de la mer nous permette d'éviter la route, nous déchantons vite : pour ne pas que les deux-roues motorisés s'y engagent, il y a régulièrement des barrières par dessus lesquelles il faut porter le tandem car nous ne pouvons passer avec les sacoches. Nous arrivons exténués après seulement 10km de vélo. Benoît vit dans un condominium (appartement dans immeuble de haut standing) décoré avec soin et vue magnifique sur la baie entre Penang et le continent. Un véritable hôtel de luxe pour nous : chambre confortable, salle de bain privative... et bar digne d'un excellent caviste. Benoît travaille dans l'automatisation des industries. Il travaillait pour une boîte canadienne qui a décider de fermer ses deux usines locales sans aucune forme de procès (genre « faut qu'on économise, fermons des usines», « Humm... La Malaisie c'est loin et ça fera pas trop scandale », «Okay, banco ! »... le capitalisme à l'américaine), et désormais il travaille pour des Singapouriens (pas forcément mieux). La Malaisie fabrique pour le monde entier autant des composants informatiques que des produits en caoutchouc (gants, pneus....), c'est la nouvelle Chine, regardez autour de vous, vous trouverez peut-être plus de « Made in Malaysia » que de « Made in China ». Personnage atypique, nous sommes heureux de faire sa connaissance et nous sympathisons notamment car il a longtemps pratiqué le tandem et le VTT tandem. Ce qui l'a amené à monter sa marque de remorques : Aevon, concurrent de Bob (« la Bob n'est pas assez stable », nous dira-t-il, effectivement vu ce qu'il faisait avec sa remorque on comprend !), boîte qu'il a revendue depuis.


Nous passons une journée de pause à nous balader dans Georgetown et à chasser les célèbres « tags » ou « street art » qui ornent ses rues. Nous pouvons rapidement voir que la population du pays est un mélange de malaisiens (principalement musulmans), d'indiens (hindous, tamouls) et de chinois (chrétiens, bouddhistes, taoistes, confucianistes). Ajoutez à ça l'influence de la colonisation anglaise, ça donne un sacré mix culturel et religieux. Temples variés côtoient églises et mosquées. Tous semblent vivre en bonne entente mais nous apprendrons qu'il y a tout de même quelques problèmes d'inégalités entre les minorités et la majorité malaisienne notamment par rapport à la scolarité. Nous finissons cette superbe journée culturelle par une invitation de Benoît dans un restaurant sur les quais, excellent vin et succulents plats (OMG le "Chocolate volcano", on en salive encore), nous le remercions milles fois de nous avoir autant régalés.


Penang est reliée au continent par deux ponts dont le plus récent n'est autre que le plus long pont d'Asie du Sud-Est. Nous demandons à notre hôte si on peut les prendre en vélo. Tous deux sont des autoroutes : l'ancien pont impossible, on nous arrêtera avant ; le nouveau ça peut passer car le péage est de l'autre côté mais il est probable qu'on nous intercepte et nous emmène en voiture au bout. Finalement, l'orage menaçant à notre départ nous convaincra de prendre le seul moyen de transport réellement autorisé pour les vélos : le bac, qui plus est gratuit dans ce sens... L'appartement et l'accueil de Benoît étaient tellement chaleureux que nous avons failli céder à une deuxième journée de pause chez lui. Mais voilà, nous avons fait les comptes : si on fait 100km par jour on peut atteindre Singapour le 28 décembre et même se faire une journée de pause à Malacca, deuxième ville vraiment intéressante sur notre itinéraire en Malaisie. Clarisse est motivée pour relever ce défi final, la côte est globalement plate donc nous pouvons y arriver. Nos déboires birmans et la météo capricieuse de Thaïlande ont eu raison de notre motivation à camper pour cette fin de voyage, ce sera warmshowers ou hôtels lorsque pas d'autre choix .

Cela signifie : plus besoin de chercher un lieu adéquat, ni de prévoir eau et nourriture : quel repos pour l'esprit ! De plus ça nous permet de rencontrer des locaux, ce qui nous a un peu manqué dernièrement. Nous laissons derrière nous Butterworth et filons vers le sud. Pour le moment nous empruntons les grands axes pour quitter au plus vite la zone urbaine. On nous avait mis en garde contre la conduite locale, nous ne trouvons finalement pas ça pire que l'Asie Centrale.

Notre traversée éclair de la partie ouest de la Malaisie sera bien plus agréable que nous pouvions l'espérer. Déjà, la météo nous a gâtés. Des cyclistes qui y étaient passés avant nous nous avait mis en garde : pluie tous les jours et même la nuit, les obligeants à poser la tente à l'abri tous les soirs. Nous avons de notre côté toujours réussi à atteindre notre destination avant l'orage quotidien de fin de journée et, ayant choisi de ne pas camper, nous pouvions observer la pluie par la fenêtre de notre résidence du soir. D'autre part, nous avons globalement toujours réussi à trouver de petites routes peu empruntées, bien souvent au milieu d'interminables plantations de palmier à huile. On dit que c'est un désastre écologique, on peut comprendre pourquoi : il n'y a quasiment plus que ça comme végétation. Enfin, la culture malaisienne nous a bien plus réussi que la culture thaïlandaise. Nous avons retrouvé l'accueil et les honneurs de l'hôte propres aux pays musulmans. Un midi alors que nous déjeunions, le serveur passe et emporte notre facture « c'est payé ! », nous dit-il. On le regarde, incrédules. « Les gens qui étaient là » ajoute-t-il en montrant la table de derrière. Une famille à qui nous avions souri mais rien de plus, on les voit en train de s'embarquer dans leur voiture. Clarisse accourt pour les remercier. Ils se satisfont d'un sourire de loin. Bienfaiteurs anonymes. Côté cuisine, on se régale : currys indiens, nasi goreng et ses déclinaisons (riz frit), kwe thiaow goreng (nouilles larges frites au wok), pisang goreng (bananes frites). Si vous suivez, vous aurez compris que « goreng » veut dire « frit », le malais est une langue plutôt simple. Et notre découverte qui va révolutionner nos petits-déjeuner : les rotis canaï, les crêpes locales ! Elles se vendent natures ou fourrées de choses variées tant sucrées que salées : oignons, œufs, Milo (chocolat en poudre de nestlé), Kaya (pâte à tartiner aux œufs et à la coco, on adore!), bananes ou simplement au beurre (« roti Planta », Planta étant tout bonnement le nom de la marque de margarine... ils ne sont pas allez chercher bien loin !). On traque les stands tous les matins, en général on en trouve partout. Sans oublier les mangues et les succulents ananas. Nous ne sommes pas très durians mais on trouve ce fruit, bon mais à l'odeur absolument désagréable, partout, c'est presque une religion dans ce coin du monde. Pour l'anecdote, il pue tellement qu'on a très souvent vu des panneaux « No durian » dans les transports publics, les hôtels... depuis la Chine. Le genre de fruits que tu ne transportes pas incognito !


En Malaisie nous verrons plus de singes que de chiens sur les bords des routes, ça change et c'est inédit pour nous autres européens. On voit aussi d'énormes varans à la démarche totalement pataude lorsqu'ils courent. D'abord surpris d'en voir écrasés sur les routes, nous avons réalisé qu'ils n'étaient finalement pas bien vifs une fois constaté leur inaptitude à courir. L'un et l'autre de ces animaux exotiques ont une forte attirance pour les décharges à ciel ouvert bordant (malheureusement bien trop souvent !) les routes du pays. Par deux fois nous coupons la route à un serpent qui traversait. Et voyant sa silhouette cabrée derrière nous, il nous apparaît évident qu'il s'agissait d'un cobra... Toutes ces rencontres ne feront que conforter notre choix de ne pas camper ! Entre les villes nous avons de beaux aperçus de la mangrove couvrant la côte. Parfois, un bras de mer s'enfonçant dans le continent, ou l'embouchure d'une rivière ou bien les deux à la fois en fait, nous ne savons pas trop, nous barre le chemin. Heureusement de petits bacs permettent de franchir ces obstacles naturels. Quelques piétons les empruntent mais ce sont principalement motos et scooters qui nous côtoient, Georges fanfaronnent au milieu de tous ces deux-roues motorisés.

Nous passons cinq nuits en Warmshowers, de loin notre plus haut taux d'hébergement chez l'habitant. Yongjie est le premier, il nous accueille à Klang, la banlieue portuaire de Kuala Lumpur. Chinois malaisien de 27 ans et est revenu il y a 6 mois d'un voyage de 23000 km de Klang jusqu'à Saint Jacques de Compostelle, pour lui, l'autre bout du continent... Il nous accueille chez ses parents, sa mère nous prépare un festin végétarien. C'est vraiment sympa de croiser quelqu'un qui a fait le même chemin à l'envers, nous parlons des routes que nous avons en communs, des endroits que nous avons préférés et des chocs culturels pour lui et pour nous. Nous profitons aussi pour lui poser des questions sur la Malaisie vu qu'il parle parfaitement anglais. En fait, la Malaisie est le pays que nous avons traversé où les gens parlent le mieux anglais et de loin, même dans les petites guinguettes de bord de route ils se débrouillent largement dans la langue de Shakespeare. La conversation et la rencontre en sont facilitées et participent grandement à notre appréciation positive du pays.


Après six jours avec plus de 100km par jour à transpirer à grosses gouttes, nous arrivons à Malacca. Il nous restera ensuite deux étapes avant d'arriver à Singapour. Nous avons bien mérité le jour de repos que nous avions prévu, d'autant que la vieille ville est forte agréable. Malacca a d'abord été place forte portugaise avant d'être prise par les hollandais puis par les anglais. C'est un lieu chargé d'histoire et on y trouve encore des vestiges des murs de la forteresse d'origine ainsi que de la plus vieille église d'Asie du Sud-Est. Le centre-ville, au style colonial bien conservé, tout comme à Georgetown, est classé au patrimoine mondial de l'Unesco. C'est donc une ville très touristique et on croise beaucoup de chinois dans la « Jonker Gallery », la rue principale. Il y en a pour toutes les confessions dans le petit centre-ville : église, mosquée, temple, mais aussi restaurants, cafés et magasins de souvenirs bien entendu. Toute comme à Georgetown, nous regrettons que ces rues historiques ne soient pas interdites à la circulation, la réappropriation des centres-villes par les piétons n'a pas encore eu lieu dans ce coin du monde. Les bords de la rivières sont pour le coup réservés aux piétons et réellement agréables pour flâner, nous passons une superbe journée. Cette fois nous sommes accueillis par Najmuddin, jeune entrepreneur de 29 ans et passionné de café. Il vient d'ouvrir un café dans la vieille ville nommé « Anusukakopi » (« I love coffee » en malais). Il nous installe dans une belle chambre au dessus du café qu'il loue en AirBnB le week-end, quelle chance, nous sommes en plein cœur de la ville historique. Nous passons de longs moments à discuter avec lui entrepreneuriat, culture malaisienne, café, voyages et nous lui partageons nos idées pour attirer la clientèle. Les malais ont l'habitude du café mais ils consomment principalement du robusta local, le « kopi », café-chaussette pas terrible et servi souvent avec sucre et lait. Najmuddin souhaite « éduquer » sa clientèle au goût des cafés plus renommés (plutôt Arabica donc). Nous passons vraiment un super séjour dans la ville grâce à lui. C'est un garçon vraiment sympathique et jovial et nous lui souhaitons toute la réussite qu'il mérite. Si vous passez par Malacca, arrêtez-vous chez lui, il sert de très bons cafés !

Malacca sera notre coup de cœur de la Malaisie, nous y serions volontiers restés un peu plus mais nous voulons pouvoir passer quelques jours à Singapour avec mon ami Aymeric avant de partir en Nouvelle-Zélande. Alors quand il faut y aller, faut y aller ! A Batu Pahat, c'est Lee, amateur de cyclotourisme et restaurateur, qui nous héberge au-dessus de sa cantine chinoise. Décidément, les jeunes malaisiens sont entrepreneurs dans l'âme ! C'est beau à voir. Il rentre de quinze jours de vélo dans le nord du Myanmar, tout comme nous, le pays lui a beaucoup plus et même pour un malaisien c'est dépaysant. Nuit assez peu reposante entre le bruit de la route sur laquelle le restaurant donne et les petits chats en liberté dans le restaurant. Forcément ils viennent se blottir contre-nous mais sont de vrais sacs à puces... qui nous harcèlent alternativement avec les moustiques. Au matin, je ne sais pas si j'ai dormi plus de deux heures.

Nous approchons du but. A Pontian, ville de l'ananas, nous passons les 15000 km, dernier palier kilométrique avant l'arrivée.


Juste avant Johor Bahru, dernière ville de Malaisie où se situe le pont principal pour Singapour (si vous ne le saviez pas, Singapour est une île), c'est Laile qui nous accueille. Laile est un vrai Singapourien 100% pure souche, il a exactement le faciès du Singapourien de mon imaginaire, harmonieux métissage entre traits asiatique et teint indonésien. Il vient d'ouvrir le lieu où il nous héberge. C'est à la fois un magasin de motos, un atelier de vélo et un dortoir. Son but était d'avoir un lieu où les Singapouriens qui viennent faire de la motocross peuvent rester dormir. Étant féru de voyages à vélo, il a naturellement ouvert le lieu aux éventuels cyclistes de passage. Nous sommes ces premiers Warmshowers, et il sera notre dernier hôte du voyage. Excellent moment avec ce personnage énergique et haut en couleur. Il nous régale pour notre dernier soir et nous accompagnera le lendemain à vélo jusqu'au pont frontière après nous avoir emmenés manger un dernier « roti canaï », bien sûr ! Nous nous rappellerons de ce dernier soir et de tout le séjour en Malaisie. Nous reviendrons pour voir la côte Est, c'est sûr !


Après 30 km sur des quatre-voies heureusement calment à cette heure de la journée, nous approchons de la douane. Un enchevêtrement de routes dans tous les sens rend vraiment complexe l'accès à la douane. Étant franchie quotidiennement par des milliers de véhicules et énormément de deux-roues, ces derniers ont donc une voie pour eux sur le pont (comme sur la plupart des voies-rapides malaisiennes). Nous ratons probablement le carrefour pour nous engager dans la voie, tant pis. Laile nous quitte, nous le remercions chaleureusement et nous enjambons un muret pour nous mettre dans la file adéquate, c'était plus simple que de chercher pendant des heures où trouver l'entrée. On est assez hallucinés du manque de panneaux d'indications, heureusement que Laile nous a accompagnés. On remarque que nous n'avons vu absolument nulle part indiqué « Singapore », pas même sur les dernières dizaines de kilomètres avant la frontière. Serait-ce une sorte de rejet de l'existence de ce pays qui a choisi unilatéralement de se séparer de la Malaisie ?


On s'engage sur le pont au milieu des deux-roues sur-excités. On n'est pas très rassurés mais on a connu pire. En plein milieu du pont, on entend un truc tomber, « On a perdu quelque chose ? » demande Clarisse. Je jette un bref coup d’œil, toutes les sacoches sont fermées, « Non je pense pas ». On arrive à la douane côté Singapour. Je baisse le regard... l'absent me saute aux yeux : « J'ai trouvé ce qu'on a fait tomber... le compteur ! ». Nous sommes dégoûtés, c'est incompréhensible. Même dans les terrains accidentés d'Asie Centrale il n'a jamais bougé... et là, sans raison il tombe, comme un fait exprès ! Clarisse a les larmes aux yeux, « on ne saura même pas combien on a fait exactement ». Elle tente de retourner en arrière, un agent de service du pont l'accompagne. Lorsqu'ils arrivent là où le trottoir s'arrête, il lui demande si c'est vraiment quelque chose d'important. Clarisse se raisonne, ça fait ch... mais ne vaut pas la peine de prendre de risques. Elle revient les mains vides. On met le téléphone en trace GPS, j'avais regardé le kilométrage juste avant la douane, on pourra donc calculer notre kilométrage final.

Singapour

Nous avons rendez-vous avec Aymeric, aka Rico, dans un petit self proche de la douane afin de finir le trajet à vélo avec lui. Malgré le temps d'attente pour passer la douane d'entrée dans ce petit pays, nous l'avons devancé. Il arrive dégoulinant: il s'est perdu en venant. « Vous allez voir c'est l'enfer Singapour à vélo », Laile ne nous avait pas fait de meilleure pub. Mais nous lui rétorquons que ça ne peut pas être pire que la traversée de Téhéran. Nous laissons passer les heures les plus chaudes à l'abri de ce self puis nous reprenons notre dernière étape en direction du centre-ville.


Nous empruntons le PCN, le Park Connector Network, dont la ville est fière. Autant vous dire que nous n'avons pas trouvé que ce soit la piste cyclable la plus « bike-friendly » du monde ! On repense à la piste cyclable de Penang et ses obstacles infranchissables avec des sacoches. Au programme cette fois : escaliers (des vrais pas juste deux-trois marches), travaux interrompant la voie sans signaler de chemin alternatif, et parfois une signalétique un peu trop éparse. On aurait sûrement mieux fait de prendre la route. En tout cas ce trajet nous permet de prendre la mesure de l'île et de réaliser qu'il y a encore de nombreuses zones de verdure : Singapour n'est pas qu'une immense ville. On aura aussi droit à quelques distractions sur le trajet : une petit pause le long de grande retenues d'eau qui constituent les réservoirs d'eau douce de la ville, nous verrons quelques singes postés en bord de route pour recevoir de la nourriture (bien qu'il soit strictement interdit de les nourrir) et même deux énormes varans qui se battent (ou s'ébattent, nous ne sommes pas bien sûr). Nous apprendrons qu'il y a même des cochons sauvages sur l'île. Nous abordons le centre ville par le quartier Little India aux bâtiments coloniaux nous rappelant Georgetown ou Penang. Singapour est très similaire à la Malaisie mais en beaucoup plus riche et en bien plus organisé (à grand renfort de règles et de sanctions lorsqu'elles es dernières ne sont pas respectées). Après près de 30 km à lutter sur le PCN (60 km depuis le matin), nous sommes complètement cuits. La fatigue des jours précédents est bien là. Nous abandonnons l'idée d'aller jusqu'à la mer et allons directement chez Aymeric et Laure. C'est aux pieds d'immeubles de 30 étages que se termine cette longue traversée eurasienne d'à peine plus de 15000 km. Que d'aventures pour en arriver là, nous avons peine à s'en rendre compte. Difficile de mettre des mots sur un tel périple. On se dira juste « c'est fou quand même ».


Peut-être que retrouver un pote longue date nous empêche de réaliser pleinement où nous sommes rendus ? Ou serait-ce la perte du compteur qui nous a détourné de notre émotion au moment où nous passions notre ultime douane du voyage ? Ou encore que la perspective d'avoir evncore des choses à vivre dans ce voyage (deux mois en Nouvelle-Zélande, le voyage retour...) nous fasse voir Singapour comme une étape parmi tant d'autre ? Ou simplement le voyage étant si long qu'il est difficile d'en saisir l'image complète à l'arrivée ? En tout cas, nous ne réalisons pas vraiment que nous sommes à destination, nous n'exprimons pas beaucoup plus d'émotions qu'à la fin d'une des multiples journées de notre périple. L'adage « l'important n'est pas la destination mais le voyage » prend tout son sens, chaque jour a été important et riche d'émotions, l'arrivée n'a finalement rien d'exceptionnel.

Nous avons quelques jours devant nous pour réaliser, se reposer, visiter la ville et passer du temps avec Rico, Laure et leur fille de 3 mois Elisa dont mon cher ami s'est bien gardé de me parler afin que j'en ai la surprise en arrivant (c'est réussi, un vrai choc émotionnel, bien plus que notre arrivée au final). On est heureux de reposer nos fesses mises à rude épreuve par les longues journées sur la selle dans la chaleur humide des tropiques. Même après autant de kilomètres on peu toujours avoir au derrière !

C'est ensuite vers la Nouvelle-Zélande que nous nous dirigeons et sans Georges qui reste en pension à Singapour, pour des « vacances » bien méritées.


 
 
 

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