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Welcome to Iran !

  • Photo du rédacteur: lademandeenvoyage
    lademandeenvoyage
  • 15 juin 2018
  • 22 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 mai 2020


Après cette dernière nuit en Arménie relativement reposante, nous nous rendons à Agarak à quelques kilomètres de Meghri où se situe le poste frontière. Nous dépensons nos derniers Dhrams en essayant différents boutons dans une machine de cafés à emporter. Et oui, on ne sait toujours pas lire leur langue.

Nous passons la frontière arménienne, on dirait une gare de bus, de nombreuses personnes attendent on ne sait quoi. On passe avec le tandem à l'intérieur du bâtiment comme les piétons, on est l'attraction pour changer : « France ? Charles Aznavour ! » nous lance-t-on comme si souvent, sûrement pour la dernière fois. Juste avant le pont franchissant l'Araxe, on a droit à un deuxième contrôle de passeport, le douanier nous demande d'un air sérieux ce que nous faisons dans la vie, ça sent l'interrogatoire inutile, finalement il voulait juste discuter et nous souhaite un bon voyage. Clarisse couvre sa tête avec un foulard qu'elle devra porter durant tout notre séjour, dure règle de la loi islamique régissant le pays, à vélo c'est d'autant plus pénible.

Nous franchissons le pont séparant les deux pays et c'est reparti pour les contrôles côté iranien. Du fait du message écrit à la main sur le visa de Clarisse (une erreur commise dans l'enregistrement du n° de passeport), on y passe un long moment et les autres personnes attendant nous regardent d'un air suspicieux. Le douanier veut savoir qu'elle est la grande ville la plus proche de notre lieu de naissance, sûrement que leur système ne connaît ni Echirolles ni Pau... Passage des bagages au scanner, une ombre sur l'écran de l'agent : « is it alcohol ? », « No, olive oil ! ». Nous croisons un groupe de touristes australiens qui quittent l'Iran pour l'Arménie, ils ont adorés le pays, avis partagés par les nombreux retours que nous avons pu avoir ou lire, ça promet.

Nous entrons donc en Iran ce 17 mai par le poste frontière de Nurduz, nous avons un visa de 30 jours et, mon père et ma cousine viendront nous rejoindre pour respectivement trois et une semaines. Le plan est donc de rejoindre Tabriz en vélo, de prendre le bus pour Téhéran où nous ferons nos démarches pour les visas chinois et turkmène, d'y laisser le tandem et de partir visiter les villes touristiques du Sud : Ispahan, Chiraz et Yazd. Pour que ce soit plus simple, notre séjour coïncide pile avec le ramadan: interdit donc de boire ou manger en journée et public, à priori.

Avant de quitter la douane, je change 20 euros et je reviens avec 2 millions de rials, le taux de change est nettement meilleur que celui que j'avais pu voir sur le net, bizarre mais tant mieux pour nous (j'apprendrais pas la suite que le taux de change officiel est de 50000 rials pour 1€, mais au marché noir cela va jusque 80000 rials). Le temps que nous quittions la douane, la matinée est quasi terminée et il fait déjà très chaud : avec jambes couvertes et voile pour Clarisse, c'est compliqué. Nous partons plein sud pour traverser la chaîne de montagnes nous séparant de Tabriz. Au 1er rond point un homme nous hurle que ce n'est pas la bonne route : encore une fois, seule la route principale leur paraît envisageable, « surtout pas les routes de montagnes », nous l'ignorons et continuons notre chemin. Des bergers nous saluent, leurs superbes chèvres paissent la maigre végétation de cette région aride. Quel contraste avec les luxuriantes forêts arméniennes de l'autre côté du col. Clarisse n'ayant pas acheté de tunique « Mollah approved », elle ruse pour cacher ses bras dénudés avec son voile à chaque fois qu'un véhicule nous double ou nous croise, heureusement nous sommes dans une région à faible densité humaine. Le paysage est superbe, les montagnes minérales jaunes et ocres dominent de petits vallons où un ruisseau permet un peu de végétation. Mais la route est raide et la chaleur nous accable, nous sommes dans les heures chaudes, autant nous arrêter. Une voiture s'arrête, on nous offre deux pommes. Quelques kilomètres de vélo et on nous offre déjà quelque chose, l'Iran correspond bien à la réputation que les voyageurs lui forgent.

Nous trouvons un abri sous la route pour la pause : un passage bétonné pour l'eau d'une petite rivière, à sec en ce moment. Nous sommes au frais et en plein vent : le pied. Rassasiés et ayant laissé passer la mauvaise heure, nous remontons en selle. Nous prenons de l'altitude et la végétation revient donc petit à petit. Nous passons un petit col qui nous permet une superbe panorama sur la suite du trajet, pour éviter de passer par Kharvana ce qui revient à monter pour redescendre, nous coupons vers l'est par une petite route qui longe un canyon aux tons roses. Ce raccourci nous vaudra une bonne heure à pousser le tandem sur une piste à flan de colline ayant servie à la construction d'un petit canal, étonnant que cette piste soit sur notre carte. La fin de journée est proche et nous sommes cuits, nous faisons le plein d'eau dans une maison : l'eau du robinet est potable, bonne nouvelle. Faute de se faire inviter nous trouvons un joli spot au bord de la rivière, nous serons bien cachés de la route pour notre premier bivouac iranien. Une piqûre me provoque une inflammation en bas du tibia : je ne peux plus plier la cheville ! Espérons que les huiles essentielles et la nuit de repos seront bénéfiques car nous allons aborder la partie réellement montagneuse le lendemain : un col à 2400m nous sépare de Tabriz, nous ne sommes qu'à 1200m. Le rose de la roche ressort magnifiquement avec le coucher de soleil, nous sommes heureux de notre choix d'itinéraire.

Après une bonne nuit, nous poursuivons par la verte vallée menant à Arzil, dernier village avant l'ascension du col. Nous passons de nombreux vergers où sont plantées des ruches multicolores, quel plaisir de voir des abeilles (surtout à l'heure où l'Europe tergiverse sur l'interdiction des néocotinoïdes – insecticides qui sont en train de détruire les indispensables butineurs).

Avant Arzil, une voiture portant un VTT sur le toit nous double et s'arrête, Amir parle anglais et nous propose de l'eau, nous en profitons pour lui demander comment nous comporter vis à vis du ramadan : il nous explique qu'en tant que voyageurs (il nous dit « passenger ») on peut boire et manger, ceci est vrai aussi pour les iraniens. Il part rejoindre des amis pour faire du VTT dans la montagne, nous sommes proches de Tabriz et ces montagnes sont une destination habituelle pour le week-end : nous sommes vendredi ce qui correspond à notre dimanche.

Arrivés à Arzil, nous nous mettons à l'ombre quelques minutes. Nous nous demandons si les magasins sont ouverts avec le ramadan et nous apercevons quelques femmes en tchador : vêtement noir couvrant intégralement le corps mais pas le visage (ne pas confondre avec la burqa). Pour le moment nous n'avons pas encore vraiment côtoyé la population et avons donc tout à découvrir. Amir déboule alors sur son VTT. Changement de plan : il ne va pas retrouver ses amis car déjà trop loin. Il nous propose de le suivre à la « garden house » d'autres amis, c'est à 2km. Même si nous sommes plutôt d'avis de poursuivre notre route tant qu'il ne fait pas trop chaud, nous ne pouvons refuser cette sympathique invitation. Nous entrons dans un grand terrain arboré en fond de vallée où trône un petit bâtiment. Plusieurs hommes, la trentaine environ, sont là et s'affairent autour d'un feu de bois, ils sont avenants et nous nous sentons les bienvenus. L'assemblée étant uniquement masculine, Clarisse reste un peu en retrait dans un premier temps. Certains bredouillent un peu d'anglais, Amir nous présente à Mohammed et ses amis. Après quelques minutes, on nous propose le thé, nous nous asseyons dans une sorte de paillote sur pilotis, à même le tapis pour partager le petit-déjeuner : du pain et une omelette iranienne (des œufs brouillés dans du beurre) accompagnés de thé. Nous avions un petit creux, nous nous laissons donc tenter sans abus, mais on nous invite à nous resservir. Amir nous propose ensuite de nous amener en voiture voir la cascade située plus haut, pourquoi pas ?! Arrivés au parking, nous sommes surpris par la foule présente. La cascade est une excursion populaire pour les habitants de Tabriz, des jeunes bravent la fraîcheur de l'eau en allant sous la cascade tous habillés. Une jeune fille au style « rebelle » les accompagne : pas de voile, une casquette, des cheveux presque rasés et un haut moulant, loin du stéréotype iranien.


Nous retournons à la « Garden house » où nous passons tout l'après-midi à discuter avec ce groupe d'amis si similaires à nous autres occidentaux : polo et jean, smartphones, aucun signe religieux apparent. Nous comprenons tout de suite que l'Iran n'est pas du tout ce qu'on peut nous laisser imaginer. Comme souvent, ils nous demandent si nous sommes mariés, si nous avons des enfants, nous avons choisi de répondre positivement à la première question par soucis de praticité. Le sujet des enfants lance le débat, bien que mariés certains d'entre eux se sentent bien sans et veulent rester « libres », d'autres sont déjà papa. Bref, nous ne sentons pas vraiment de choc culturel.

Cette région de l'Iran est appelée East-Azerbaidjan et la population y parle une langue très proche du turc. Ils se considèrent différents des autres iraniens. Nous pouvons donc utiliser nos restes de turc déjà presque oubliés.

Mohammed souhaite que nous soyons ses hôtes, chez lui à Tabriz. Il a déjà accueilli des cyclotouristes scandinaves il y a quelques années. Nous acceptons son invitation avec plaisir mais nous lui disons que nous n'y serons que le lendemain. Il est 15h, il est tant de repartir car nous avons quasiment toujours autant de dénivelé restant que ce matin mais nous n'iront nulle part sans goûter les brochettes de poulet au barbecue que viennent de préparer nos hôtes du jour. Ok, on accepte, ça nous donnera des forces pour la rude grimpette qui s'annonce. On s'accorde sur le fait qu'il nous ravitaillerons avec de la pastèque lorsqu'ils nous doubleront dans quelques heures et nous nous donnons dans tous les cas rendez-vous à Tabriz.


La route est hyper raide, avec des passages à plus de 15%. En cette fin de week-end, de nombreuses voitures retournent sur Tabriz, on nous encourage et dès que la voie est libre nous en profitons pour faire quelques conversions. Nous montons péniblement et nous atteignons l'altitude de 2000m autour de 17h30. Le col est trop loin pour le passer ce soir, nous cherchons un coin pour bivouaquer mais dans tous les cas nous devrons attendre qu'il y ait moins de passage. Nous restons donc un moment au bord de la route, attendant Mohammed, ses amis et leur pastèque. Plusieurs voitures s'arrêtent nous proposant de l'eau, du pain, des bonbons.. la question finale étant en général : « Can we help you with anything else ? », histoire d'être sûrs qu'ils ont bien tout fait pour nous avant de prendre congés. On se dit alors que pour la suite du voyage, on pourrait rester en bord de route tous les soirs et qu'on aurait plus besoin de faire les courses ;) !

Nous pensons avoir assez attendu et allons nous mettre à l'écart de la route et des regards curieux. Nous ne verrons pas passer nos amis, tant pis. Nous dînons en profitant du panorama au coucher du soleil avant de monter la tente. On aperçoit même les montagnes arméniennes que nous avons passés 2 jours plus tôt.. il y a encore de la neige sur certains sommets. A la nuit tombée, les bergers ramènent les moutons au village de Tarzam, le troupeau semble couler sur la route. Les chiens nous sentent et viennent aboyer près de la tente, je sors et le jeune berger me fait comprendre qu'il cherche quelque chose, sûrement un animal égaré, en tout cas il se fiche royalement que nous soyons installés là.

Réveillés au petit jour pour finir le col, à peine levés nous voyons les moutons remonter la route... les bergers ne dorment pas beaucoup la nuit (mais font la sieste dans les champs les après-midi). Les lacets finaux sont à l'image de la route depuis Arzil : raides. Cette fois, il n'y a personne et nous pouvons slalomer autant que nous voulons. Seuls nous doublent quelques pick-ups bleus Nissan, le véhicule standard dans cette région de l'Iran. Nous atteignons enfin le col, point culminant de notre périple pour le moment ! La vue est superbe des deux côtés, nous profitons de la fraîcheur de la montagne une dernière fois avant le Tadjikistan.. que nous n'atteindrons qu'au mois de juillet !

La route est bonne pour la descente tout autant qu'elle l'est depuis notre entrée dans le pays. On est loin des routes arméniennes délabrées. Nous sommes dans une belle plaine d'altitude fleurie de coquelicots, nous profitons de ces couleurs qui ne nous suivrons pas tout au long du pays. Après avoir emprunté un chemin particulièrement pierreux pour éviter un détour de la route, nous réalisons que nous avons perdu ma chemise qui était accrochée sur les sacoches, nous faisons donc demi-tour et remontons quelques kilomètres en arrière pour tenter de la retrouver. Clarisse remonte un peu plus loin à pieds quelques épingles et se confronte à son premier cas de harcèlement direct de la part d'un homme. Celui-ci nous avait doublé auparavant à mobylette et ne nous avait pas paru faire plus que ça attention à nous, mais une fois Clarisse seule, le voici qui vient vers elle en l'interpellant de manière non-équivoque, elle l'ignore. Vu qu'il s'approche, elle fait mine de prendre une pierre et lui fait clairement comprendre qu'il va se la prendre dans la gueule. Elle rebroussera chemin en laissant ce pervers imbécile gémir comme une truie... Je la vois réapparaître en haut des épingles. Et voilà que le berger qui faisait paître ses moutons tranquillement la siffle et lui fait des avances au moyen de mimiques. Elle l'engueule agacée, « non mais va t'occuper des tes moutons va ! » et arrive devant moi choquée et dégoûtée. Clarisse me dit alors que la frustration sexuelle de certains hommes dans ces pays où les contacts hommes-femmes sont interdits hors mariage amène sans doute certains à des comportement déplacés, notamment par rapport aux occidentales qu'ils n'ont sûrement vues que dans des films pour adultes (si vous voyez ce qu'on veut dire). Nous repartons sans avoir retrouvé ma belle chemise Quechua, snif !

Nous voilà désormais proche de la plaine, nous passons notre premier gros village et apercevons une mosquée, nous réalisons que c'est la première depuis notre entrée dans le pays. Nous essayons notre première boulangerie iranienne, le pain à une forme plate et très allongée, il sort direct du four et est jeté sur une table en métal ajouré pour le laisser refroidir. Après avoir payé 10000 rials (0,15€), je repars avec mon immense pain sous le bras. Nous trouvons un abri à l'ombre pour une pause au calme et nous goûtons cet excellent pain qui, avec un peu d'huile et de sel, nous rappelle la foccacia italienne. Miam ! Quelques kilomètres plus loin, nous trouvons la voie rapide menant à Tabriz, seule option possible en arrivant par ce côté de la ville. Finalement, nous roulons facilement sur la bande latérale, quelques véhicules nous klaxonnent pour nous saluer mais personne n'est choqué de notre présence sur cette double-voie fréquentée. Clarisse aperçoit en sens inverse un panneau indiquant les kilomètres vers l'Arménie, la Turquie... et l'Union Européenne (1800km !).

Nous entrons dans Tabriz sans grande difficulté malgré le trafic et nous filons directement à la gare pour acheter un billet de train pour Téhéran. La gare est grande, propre et calme et, le personnel parle anglais. Que demande le peuple ?! Ça a presque été facile : il y a des places dans le train et on me dit pas de soucis pour les vélos. En creusant, on finit par me dire que le vélo doit être mis en fret dans un wagon de bagages. Manque de bol, le train que nous voulons prendre ne dispose pas de ce wagon, il faut attendre le lendemain. Pas possible pour nous, nous abandonnons donc l'option train et nous traversons la ville pour nous rendre au « terminal » des bus. Même cirque que dans les gares routières turques : compagnies multiples, crieurs qui te sautent dessus dès l'entrée... mais en pire car tout est écrit en alphabet arabe. Autre complexité, l'Iran n'utilise pas le même calendrier que nous : nous sommes en 1397 ! Ils jonglent en fait avec trois calendriers : arabe, persan et international. Par contre, à la différence de la Turquie, aucun problème pour trouver quelqu'un parlant anglais et j'achète un billet pour le lundi soir, soit dans deux jours, sans trop de soucis.


Nous contactons Mohammed qui nous dit de le rejoindre chez lui, c'est reparti pour une nouvelle bambée dans le joyeux bordel de la circulation urbaine iranienne. Ici, les véhicules s'infiltrent partout, on se double par la gauche, la droite, on se coupe la route, les queues de poissons sont monnaie courante et les piétons traversent d'un pas décidé en slalomant entre les voitures qui ne ralentissent absolument pas. Aucune règle ne semble prévaloir et malgré la densité du trafic, les véhicules glissent les uns sur les autres sans accrocs et sans animosité. On fait donc comme tout le monde : on joue des coudes dans cette marée. Nous en arrivons même à nous dire que c'est une ville assez agréable avec ses rues arborées et assez larges mais nous sommes tout de même soulagés lorsque nous arrivons à proximité de notre point de chute, au centre de la ville.

Nous allons acheter quelque chose pour ne pas arriver les mains vides. Ici c'est compliqué pour ne pas dire impossible de trouver une bouteille de vin. Nous trouvons une pâtisserie et prenons une sorte de grande brioche puis deux biscuits pour nous. Nous nous empressons de les goûter à peine sortis de la boutique quand un petit papy nous fait signe qu'il ne faut pas manger dehors. Oups ! C'est Ramadan, nous avions presque oublié !

On retrouve Mohammed et sa femme Suraya qui nous accueillent dans leur joli appartement dont le sol du grand salon est couvert de tapis persans faits main et où le mobilier fait très baroque. On a l'impression d'être reçus par le calife. Suraya parle plutôt bien anglais ce qui nous permet de vraiment discuter. On est reçus comme de rois, l'hospitalité iranienne est une véritable tradition. Ils nous emmènent voir le parc El Goli au sud de la ville, Mohammed conduit comme un furieux... ça a l'air d'être normal. Nous sommes accompagnés de Zarah, la nièce de Mohammed qui étudie l'anglais à l'Université. Elle qui donne des cours à toute la famille. On nous amène ensuite dans un restaurant typique où nous mangeons à même le sol sur des tapis, notre « table » (notre tapis en fait) est décoré avec un drapeau iranien et un drapeau français, sympa ! Le restaurant est bondé en cette soirée de ramadan : les gens se retrouvent en général en famille chez eux ou au restaurant pour rompre le jeûne (« break fast » en anglais...). Nous y retrouvons les amis de Mohammed rencontrés à Arzil, nous comprenons alors que ce ne sont pas des amis mais de la famille. Forcément, il m'est impossible de payer une part, ils tiennent à nous inviter. Les Iraniens sont hypers friands de réseaux sociaux, Facebook est bloqué ainsi que Telegram depuis peu (à leur grand regret), par contre Instagram ne l'est pas... Clarisse se retrouve avec une tripotée de nouveaux « followers » ! Par contre ils sont un peu intrusifs et remontent tout son historique de photos.



Après dîner, Mohammed nous amène dans sa « Garden house » de Tabriz : il est commun pour les personnes aisés d'avoir un jardin avec une petite annexe hors du centre ville, ils s'y retrouvent en famille pour jouer au volley (très populaire) ou faire d'autres jeux. Il est bientôt minuit et nous sommes cuits avec nos 90km dans les pattes : ce matin nous nous levions à 2400m d'altitude ! C'est alors que commence le défilé... des personnes arrivent toutes les dix minutes, amis ou famille. Nous avons un peu l'impression que Mohammed « montre » « Mister Alex » et sa femme à tous ses proches.

Si ce n'est que la fatigue commence à se faire sentir, la situation est plutôt drôle et ils sont tous très sympathiques. Nous comprenons que les mariages familiaux sont habituels en Iran : Suraya est la cousine de Mohammed, et la sœur de Suraya est mariée à un autre cousin (nommé Mohammed aussi pour changer). Nous sommes un peu surpris mais bon pourquoi pas, c'est une affaire de culture et nous ne sommes pas là pour juger. On demande à Clarisse pourquoi elle porte le voile à l'intérieur car elle n'est pas obligée étant une touriste et vu que nous nous trouvons dans une sphère privée. Question étonnante de la part d'un groupe où toutes les femmes ont leur voile sur la tête, même si porté de manière plutôt décontractée c-à-d laissant voir une partie des cheveux. Nous rentrons finalement nous coucher vers 2h du matin, comblés par cette soirée mais heureux de pouvoir sombrer dans un sommeil réparateur.

Au petit-déjeuner on nous régale de nouveau ! Suraya fait le Ramadan mais pas Mohammed, on sent qu'elle est plus traditionnelle que lui. Elle nous confie que même si l'obligation de hijab (se couvrir) était levée, elle continuerait probablement à porter le voile. On pose quelques questions sur l'Islam qu'on ne sent finalement pas plus présent qu'en Turquie pour le moment : si ce n'est le port du voile obligatoire, nous avons vu peu de mosquées et n'avons pas encore entendu l'appel à la prière. Nous apprenons alors qu'il n'y a que trois prières par jour pour les chiites contre cinq pour les sunnites, d'où le fait qu'on entende moins le muezzin qu'en Turquie.

Cette première journée de tourisme iranien nous amène à visiter le centre de Tabriz et surtout son superbe bazaar (équivalent du zouk marocain). Tabriz était par le passé une importante étape sur la route de la soie et de nombreux produits ont donc transité par son bazaar au fil des siècles. Les fameux tapis persans de Tabriz ont fortement contribué à sa réputation. On flâne dans les ruelles couvertes où, outre les marchands de tapis, nous trouvons vendeurs de fruits, de dattes, de sucre, d'épices, de vêtements et d'autre chinoiseries se côtoient. On sent vraiment l'orient que ce soit par l'ambiance que par les odeurs d'épices. Nous achetons nos premières dattes de Bam... pour 1€ le kg (et bim!) ! On les déguste discrètement pour ne pas trop nous afficher mais nous voyons bien ça et là des personnes grignotant discrètement elles-aussi. Le ramadan n'est clairement pas suivi par tout le monde et il y a de nombreuses dérogations. Nous dégotons une tunique pour Clarisse (avec des manches, assez longue pour cacher les fesses, pas trop moulante et en coton), qu'elle revêt sur le champ ce qui lui permet d'avoir moins chaud que son haut en laine mérino.

Nous ne voyons aucun touriste et de nombreuses personnes nous accostent pour nous souhaiter la bienvenue : « Welcome to Iran !» ou simplement nous dire « merci »... c'est assez surprenant mais très agréable. Je m'imagine difficilement arrêter un touriste chinois à Annecy et lui dire merci ! On devrait essayer ! (rires). Clairement les iraniens sont contents de voir des étrangers dans leur pays qui a une si mauvaise presse. Nous sommes vraiment surpris de trouver un pays très moderne et bien plus occidentalisé qu'on pourrait le penser, une rue de Tabriz ressemblant tout à fait à une rue de n'importe quelle grande ville. On trouve du Coca-Cola, des voitures de marque française (surtout des Peugeot) ou japonaise, il y a la 4.5G, les rues sont propres et bordées de trottoirs... En comparaison, le Maroc pourtant si fréquenté est loin d'être aussi clean. Niveau vestimentaire on voit de tout, autant des femmes en tchador (cape noire couvrant intégralement le corps, drôle cela signifie aussi « tente » en persan) que des femmes avec le voile très en arrière et cheveux apparents et tenue laissant plus ou moins apparaître les formes. Les hommes ont plutôt la classe (iranienne pour le coup), à moins que ce ne soit de la coquetterie : chemise, pantalon à pince, chaussures en cuire et coupe de cheveux proprette. Ils sont rasés de prêt (la barbe ça fait religieux... et ici la plupart des gens cherche justement à ne pas y être associés) mais la moustache est assez courante.


Nous devons acheter une carte SIM iranienne et nous nous rendons compte que ce n'est pas si simple : quelqu'un doit nous « coopter », au second magasin que nous essayons le vendeur est d'accord pour m'aider et met sa carte d'identité à côté de mon passeport sur le justificatif. Je serais parti sans payer si je n'avais pas insisté ; la raison évoquée par le vendeur : « you are guest ». Vraiment surprenant l'accueil réservé aux touristes. Avant de rentrer, nous passons voir le magasin de Mohammed et de son frère : ils vendent des tapis persans (c'est cliché mais c'est véridique), il est heureux de nous recevoir sur son lieu de travail.

Nous passons une deuxième soirée avec lui et Soraya, chez eux cette fois. Nous nous régalons de nouveau avec la soupe qu'elle a préparé et profitons de leur chaleureux accueil. Ce premier contact approfondi avec les iraniens nous aura vraiment touché et nous pressentons que ce séjour en Iran se passera sous les meilleurs hospices.

Lundi 21 mai, nous quittons nos hôtes pour nous rendre de nouveau au parc El Goli (à l'autre bout de la ville) afin de retrouver Aref et Aïda, rencontrés en Arménie. A défaut d'avoir répondu à leur invitation de nous accueillir, nous sommes heureux de pouvoir passer un moment à discuter avec eux. Sur le chemin, une porte de taxi s'ouvre devant nous et heurte le bras de Clarisse, elle s'en sort avec une belle bosse sur l'avant-bras mais tout va bien. Nous passons quelques heures à se balader dans ce grand parc avec eux, comme dans la plupart des parcs iraniens on peut y planter la tente ! Le camping étant une tradition persane, les familles partent souvent avec tentes et tapis et s'installent dans un parc pour leur séjour. El Goli est même carrément organisé pour cela avec coin vaisselle, barrière à l'entrée...


Aïda et Aref nous explique les contraintes de la vie en Iran, leur difficulté à obtenir des visas (elle est acceptée pour un Phd au Canada (i.e doctorat) mais n'est pas sûre de pouvoir avoir un visa). On sent qu'ils ne sont pas du tout religieux mais doivent vivre sous le joug de la dictature islamique incarnée par Khameini. Tout comme Mohammed, il nous explique que l'économie va mal, qu'ils en ont marre des règles de la loi islamique, que le gouvernement est corrompu et tous s'inquiètent de la récente décision de Trump de quitter l'accord sur le nucléaire. Ils nous quittent et nous laissent à notre réflexion sur cette société iranienne que nous découvrons. Nous restons posés dans le parc jusqu'en fin d'après-midi où nous irons rejoindre le terminal de bus. Un homme âgé vient me parler, il parle très bien anglais car il a étudié en Angleterre dans sa jeunesse : « Du temps du Shah, on pouvait aller partout sans visa, on était bienvenus dans tous les pays »... Nous constatons que le ras-le-bol touche toutes les générations.

Nouvelle balade en vélo à travers la ville pour atteindre le bus. Clarisse part acheter du pain et ne comprend pas le prix qu'on lui demande... elle veut simplement du pain et elle tend pourtant le bon billet, la bonne somme. C'est parfois usant de ne pas parler la langue.


Nous attendons notre bus prévu pour 21h. Je joue des pieds et des mains pour ne pas payer le prix de 2 vélos pour le tandem et fini par y arriver. Le bus est vide, il ne gêne personne dans la soute ! A 22h le bus n'est pas parti, à 23h on nous fait changer de bus sous prétexte de roue crevée... c'est surtout qu'on nous met dans un bus où il reste 2 places, ça nous étonnait aussi qu'un bus parte quasi à vide ! Les bus « VIP » sont des bus normaux de 50 places avec uniquement 25 sièges, on peut donc allonger le siège pour dormir.. mais c'est sans compter l'état de la route et les nombreux et mystérieux arrêts.

Nous arrivons enfin à Téhéran à 8h30 du matin au lieu de 6h... nous devons aller de l'autre côté de la ville récupérer notre visa ouzbek et il aurait été clairement mieux de circuler avant l'heure de pointe... perdu !

Le bus nous a débarqué à Azadi Square, hub de taxis et de bus au carrefour de deux « voies express », autrement des 2 x 4 voies. Le quartier des ambassades est à 25km et ça monte, nous devons y être au plus tôt pour espérer récupérer notre visa ouzbek, le photocopier et demander notre visa turkmène. Nous nous jetons dans le trafic de la capitale iranienne qui est au-delà de l’imaginable. Pour se simplifier la vie nous optons pour les voies express, de toute façon notre présence ne choque personne, nous nous retrouvons donc à pédaler deux heures durant sur le bord de ces « autoroutes » coupant la ville où les taxis s'arrêtent pour prendre ou poser des passagers n'importe où, où des motos circulent en sens inverse en rasant le trottoir...

Nous arrivons à destination sales et fatigués, Clarisse a on-ne-peut-plus chaud avec sa tunique. Nous récupérons nos visas mais il est trop tard pour le visa turkmène, dommage. Le Warmshowers que nous avons trouvé est malheureusement côté ouest de la ville, pas bien loin de notre point de départ, ce qui signifie une nouvelle traversée de la ville... nous sommes épuisés rien que d'y penser. Tant qu'à être dans le quartier des ambassades autant en profiter et attendons l'après-midi pour nous rendre à l'ambassade de Chine. On se trouve une rue au calme pour déjeuner discrètement et des personnes travaillant dans un bâtiment derrière nous nous apporte même le thé ! J'en profite pour finaliser le dossier de demande de visa : itinéraire, réservations d'hôtels... Nous trouvons un lieu pour imprimer tout ça et nous arrivons confiants à l'ambassade de Chine. Une heure plus tard, je ressors déconfit : notre demande de visa est pour Septembre, ils ne délivrent que des visas avec 1 mois de validité, ma demande est donc refusée nette. Décidément, après avoir essuyé plusieurs refus en France car demande trop tôt, le visa chinois nous donne du fil à retordre.


Attristés par ce refus, nous reprenons la route pour nous rendre chez Saied et Nazi que nous avait recommandé Janneke, la cycliste hollandaise croisée à la frontière Arménie-Géorgie. Cette fois c'est vraiment l'heure de pointe et la circulation est tellement dense que nous nous retrouvons coincés dans les bouchons, même à vélo sur les voies express ! La 4 voies est transformée en 8 voies, les voitures s'insèrent dans le moindre espace disponible et la bande d'arrêt d'urgence n'est plus qu'un lointain souvenir. Il ne nous reste presque plus de batterie sur le téléphone et c'est notre seul moyen de trouver nos hôtes. La tension monte. Circuler dans Téhéran à cette heure est un enfer car les voies express sont de véritables axes incontournables, impossible de les éviter et bien souvent de les traverser ce qui nous obligent à faire des détours dont on se serait bien passé.

Nous perdons dix ans d'espérance de vie dans les gaz d'échappements et nous arrivons exténués et mouillés (il s'est mis à pleuvoir pour ajouter un peu de fun) chez nos hôtes. Le grand sourire de Nazi nous accueille de sa fenêtre ce qui nous met du baume au cœur. Saied arrive un peu plus tard, il est architecte en free-lance. Ils ont la quarantaine, ils sont cyclistes et vivent dans un tout petit appartement depuis peu. Avant cela, ils avaient un appartement avec jardin en location où ils ont accueillis de nombreux warmshowers. Ils nous accueillent à bras ouverts et c'est tout ce qu'il nous faut après cette rude journée.

Il nous reste une journée avant l'arrivée de mon père, nous devons impérativement aller à l'ambassade du Turkménistan pour faire notre demande de visa car il faut ensuite attendre 15 jours pour savoir s'il est accepté. C'est donc une nouvelle traversée de la ville mais en métro cette fois qui nous attend. En fait, leur appartement est assez loin de la station de métro. La manière la plus simple de la rejoindre est de se poster au bord de la voie express et de prendre un des multiples « taxis » non officiels qui prennent des passagers sans sortir de leur trajet, c'est une sorte de covoiturage courte distance. Nous suivons Saied (qui se rend à son espace de co-working) pour notre première expérience des transports collectifs de la ville. Nazi nous a prévenus qu'il nous faudrait sûrement 2h pour arriver à l'ambassade... rassurant ! La métro est heureusement neuf et très propre, le bout de la rame est réservé aux femmes, elles peuvent donc s'isoler si elles le souhaitent, sans être discriminant c'est plutôt une bonne chose pour elles qui évitent ainsi le contact rapproché avec des hommes pas forcément disciplinés. Ça existe aussi au Japon et il ne serait pas forcément idiot de le reproduire chez nous.

La mission du jour accomplie nous nous promenons un peu dans la ville mais nous sommes vites accablés par le bruit ambiant et la pollution. Nous préférons donc rentrer après avoir fait une sieste dans le grand parc au centre de la ville, havre de paix dans la jungle urbaine. Notre courte balade nous aura permis d'apercevoir l'organisation des commerces à Téhéran : les métiers sont rassemblés par rues comme autrefois. Nous avons donc vu la rue des accessoires autos (la moumoute de volant est à la mode !), la rue des magasins de camping, la rue des cuisinistes, la rue des vendeurs de luminaires ou notre préférée : la rue des magasins de faire-parts de mariage et autres célébrations.

Cette excursion en ville nous ayant vaccinés pour un moment, nous décidons qu'une fois que nous aurons récupéré mon père, nous fuirons Téhéran par le premier bus !

C'est donc parti pour 3 semaines de vacances iraniennes !

Pour les photos c'est par ici

 
 
 

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