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Premiers tours de pédales en Turquie

  • Photo du rédacteur: lademandeenvoyage
    lademandeenvoyage
  • 29 avr. 2018
  • 20 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 mai 2020


Après une courte nuit dans le ferry bondé, nous débarquons le 11 Avril à 5h du matin sur l'île de Chios et devons attendre 8h30 pour prendre le ferry suivant qui nous amènera à Çeşme. Quelques troquets sur le port sont déjà ouverts, tant mieux car un petit café n'est pas de refus pour nous maintenir éveillés. Nous ne verrons guère plus que le port de cette île Grecque qui accueille de nombreux migrants, dommage que nous n'ayons pas le temps d'y passer 2-3 jours car Kostas nous a parlé de deux villages qui ont l'air très beau. Il nous a aussi parlé du "mastic", une gomme issue d'un arbre local qu'on utilise pour aromatiser desserts et boissons. Il nous a d'ailleurs fait goûter un apéritif à base de mastic que nous avons trouvé excellent et nous devons tester les desserts.


Le ferry, enfin plutôt le bac, est là et nous nous rendons à la douane qui nous laisse passer après un rapide contrôle visuel du contenu de Bob. C'est parti pour une petite 1/2h de traversée qui nous aura tout de même coûté 20€/ par tête contre 45€ pour la nuit complète sur le ferry depuis Athènes... sentiment d'abus de la part du probable unique armateur local. Le soleil se lève mais il fait grisâtre, morne arrivée sur l'extrémité occidentale de l'Asie. Nous faisons un rapide tour de la ville avec Jonathan et Sarah, à 9h du matin il ne se passe pas grand chose dans cette petite station balnéaire. Après avoir retirés des lires turques (TKL ou £) et grignoté un bout, ils décident de continuer leur route vers Urla. De notre côté, nous avons pris un hôtel pour une journée de repos supplémentaire qui ne sera pas de trop. Nous récupérons notre chambre (3 lits simples et un lit double dan 20m² !) dont la fenêtre n'isole rien des bruits de la rue, heureusement c'est une ruelle assez calme. Nous ne ressortirons de la qu'à 17h après 3h de sieste pour Clarisse et pas mal de recherches de mon côté sur l'itinéraire que nous suivrons en Turquie, les formalités du visa iranien, etc. Nous aurons aussi la bonne nouvelle par e-mail que notre demande de visa ouzbek est acceptée, nous pouvions même la récupérer à Athènes si nous avions été encore sur place... nous le ferons à Téhéran comme prévu.

Il est tant de s'acculturer un peu de la Turquie en cette fin de journée, la ville a une tout autre teinte que ce matin et la rue est bien plus vivante. On voit bien le côté touristique de la ville désormais. Quelques emplettes de fruits secs notamment, un passage chez le barbier pour moi (Berber en turc, non Clarisse ce n'est pas un "barbier berbère"); Il faut essayer les habitudes locales. Puis petite balade dans la ruelle commerçante où les vendeurs de pâtisseries orientales nous allèchent déjà. Nous comprenons alors que la sorte de flan dans les vitrines est en fait le dessert à base de mastic dont nous parlais Kostas, nous nous empressons de goûter, accompagné de crème glacée au chocolat (à base de lait de chèvre !) pour Clarisse, elle est refaite ! Ce dessert au mastic n'est pas si fantastique mais on s'est régalés. Bon, maintenant qu'on a mangé le dessert, il s'agit de trouver un resto pour le dîner (il est 19h30), nous avons envie de nous faire plaisir avec du poisson et le resto à côté de l'hôtel nous fait de l’œil. Ils ont du levrek, ok ouais ça à l'air bien.. et nous nous retrouvons chacun avec un poisson grillé d'1kg, qui s'avère excellent. On se doutait que l'addition allait piquer, mais on ne pensait pas tant que ça ! On se demande si on s'est pas fait pigeonner (comme en Grèce...) mais nous saurons plus tard que le levrek, c'est du bar et que c'est cher.

Petit-déjeuner sur la terrasse compris avec la chambre, le gérant ne parle pas vraiment anglais mais est fort serviable et sympathique, il est super content de nous prendre en photos avec le tandem pour ajouter aux photos de son hôtel sur Booking.com. Pour l'anecdote on ne peut pas réserver d'hôtels en Turquie sur Booking.com depuis le réseau turc, il utilise donc un VPN pour accéder à son compte.

On profite de passer devant un photographe pour faire des photos d'identité qui nous serviront pour nos futures demandes de visa. Nous en avions repéré un la veille en début de journée mais en y repassant le soir la boutique était totalement retournée pour rénovations. Le gérant nous avait dit "Demain, 9h, pas de problème"... forcément, ce matin, c'était dans le même état... nous en trouvons donc un 30m plus loin.


C'est parti, à la découverte des routes turques, direction notre 1ère destination prévue : Selçuk, où se situe les ruines de la ville antique d’Éphèse. On se rend tout de suite compte que s'en est probablement fini du bitume parfaitement lisse et les premiers kilomètres sont éprouvants sur le goudron à grains grossiers qui fait vibrer tout le vélo et, sous la chaleur qui est déjà bien pesante. Après une longue montée qui aboutira sur une belle descente de 10km en direction de Urla (spot de kitesurf sympathique d'après nos amis annéciens), nous faisons une pause dans une ginguette de bord de route comme il y en a tant en Turquie et qui fait des köfte ekmek (boulettes de viandes dans du pain) ou des şucuk ekmek (chorizo de boeuf dans du pain), ça coûte 3 fois rien et c'est bon, en plus ils ont un abri à l'ombre, au top !

Nous repartons gaiement cette fois par les petites routes qui traversent les collines parsemées d'éoliennes (spot de kitesurf = vent fréquent = bon pour les éoliennes). Soudain, je suis surpris par le vol maladroit d'un gros scarabée et je fais une embardée... c'est la chute, la première, celle qui rappelle à l'ordre. Nous n'allons pas très vite mais nous tombons fort, surtout Clarisse qui se fait clairement éjecter vu qu'elle est plus haute que moi sur le tandem. Égratignures et un bon choc sur la tête... avec le casque, de quoi nous rappeler que nous ne le mettons pas pour rien. Sentiment de culpabilité de mon côté car c'est vraiment moi qui nous aie fait tomber. On nettoie les bobos (1ère sortie de la trousse à bobos) puis on en rigole. Un vieil homme arrive à pied au téléphone, il est Kurde, parle turc, kurde, arabe mais pas anglais, on comprend qu'il veut nous aider avec nos égratignures, il roule une cigarette et nous fait comprendre qu'avec un peu de cendres hop ! c'est nettoyé et cautérisé... non merci ! On va rester sur la Biseptine. La France est amie des Kurdes nous mime-t-il (ceci avec un geste particulier que nous voyons de puis l'Albanie et qui consiste à frotter les index des 2 mains parallèlement l'un contre l'autre. Selon la manière de faire cela peut signifier ami ou amant... nous ne maîtrisons pas bien les nuances), avec la prise de position récente de Macron on est bien vu par les Kurdes... bonne nouvelle pour la suite dans l'est turc. Il nous dira aussi que les turcs sont des fascistes, puis il repart pour rejoindre les champs après nous avoir invité à dormir chez lui ce soir. On doit avancer donc on décline poliment.

Nous passons par une sympathique petite station balnéaire, Sığacık, puis continuons sur la route côtière vers une colline arborée coincée entre route et mer que nous avons repérée sur la carte. Perdu ! Elle est squattée par les militaires. C'est le 2ème "camping" militaire que l'on voit dans la journée... que nous prépare Erdoğan? On a déjà fait 80km et on doit aller plus loin, en plus ça remonte, dur ! Quelques kilomètres plus loin on s'aperçoit que le coin semble être un immense camp d'entrainement militaire, bizarre en bord d'une route fréquentée voire touristique ! Il y a comme d'immenses cibles avec une lettre sur chaque colline, "ils ne tirent tout de même pas des missiles si près de la route ?!". Heureusement non ce sont des cibles de dépose par hélicoptère gros porteur, nous en voyons un en action... Bon, en tout cas, il faut s'éloigner ! Après une rude montée sur une route fraîchement construite, nous nous engageons côté mer sur une route où nous trouverons un coin bien abrité pour notre bivouac. Nous expérimentons notre 1ère vraie douche nature maintenant que nous avons des températures plus estivales : on a récupéré 6L d'eau dans le dernier village et on s'aide l'un puis l'autre à se laver, quel plaisir ! Ce bivouac démarre sous les meilleurs hospices et la nuit sera calme et reposante si ce n'est les rafales de mitraillettes au loin.... à priori ils s'entrainent aussi à des interventions de nuit.


Nous poursuivons notre route vers Selçuk que nous comptons rejoindre à la mi-journée pour avoir le temps de visiter Éphèse, après 2h de vélo, nous avons un petit creux et le doux parfum d'une belle boulangerie nous arrête. Nous nous sustentons de délicieux pain et petites pâtisseries à la pomme accompagnés, bien entendu, d'un çay turc qui est, comme dans nos souvenirs d'Istanbul, pas vraiment terrible, toujours bien trop infusé et nécessite donc une certaine dose de sucre... C'est un peu comme le Lipton Yellow de la grand-mère qui a infusé 2h durant. En fait il est normalement servi rallongé de 2/3 d'eau chaude, pour le réchauffer et le diluer). Quand nous nous apprêtons à repartir, qui voyons-nous s'arrêter ? Jonathan et Sarah, les Cycloptimistes. Ils ont vu le tandem ! Nous les pensions devant nous et ils ont en fait bivouaqué quelques kilomètres avant nous. Ils vont aussi à Selçuk puis Pamukkale et finalement ils iront à Istanbul après, on va donc dans la même direction. Nous avons d'ailleurs contacté le même Warmshowers à Selçuk. Nous pédalons ensemble pour la 1ère fois.

Nous sommes doublés par un van jaune qui nous klaxonne, immatriculé en Hollande, à la fenêtre duquel dépasse un pouce levé; Des Européens en voyage ! Nous les retrouvons quelques kilomètres plus loin alors qu'ils font une pause. Mathias et Anniek ont pris une année pour voyager en van aménagé, ils ont été au Maroc, Portugal, Espagne, Albanie, Grèce (où ils ont adopté un chien)... la Turquie est leur point le plus loin avant le retour. Ils nous font forcément penser à nos amis Matthieu et Annina qui rentrent tout juste d'une année sabbatique de surf, kitesurf et escalade dont 6 mois en van jaune (the sunshinebus)... drôle de coïncidence ! Nous allons probablement les revoir car ils sont au même rythme que nous et vont pour le moment dans la même direction. Nous quittons la côte et donc la mer que nous ne reverrons pas avant très longtemps... petit pincement au cœur. Nous ne serons même pas baignés dedans depuis notre départ.

Plus loin nous tombons sur 2 cyclotouristes turcs, ça fait super plaisir ! Elle nous parle du Warmshowers de Selçuk, Adnan, si on ne sait pas où dormir. C'est bien lui que nous avions contacté mais pas de réponse claire de sa part (la réponse à notre demande d'hébergement était "Go to hospital then I can help you"...), normal il parle très mal anglais nous explique-t-elle et effectivement il habite juste à côté de l'hôpital. Elle lui téléphone, nous confirme qu'il nous attend et nous explique comment nous rendre chez lui, rencontre impromptue et bienvenue...

Arrivés à Selçuk on déjeune avant d'aller chez Adnan, un homme nous aborde car il s'occupe du club cycliste de Selçuk et ils se rencontrent en ce moment dans un parc pas loin, nous irons sûrement les voir. Adnan est très connu dans le coin, on nous aide à trouver sa maison, c'est la grand-mère qui nous accueille et va le chercher, en bonne grand-mère elle attrape Clarisse par la joue type "quelle est mignonne", on se marre.

Après avoir rencontré Adnan, nous comprenons pourquoi sa réponse n'était pas clair : il bredouille l'anglais qu'il a appris en parlant avec les touristes car il avait une "pansyon" et donc ne sait pas vraiment l'écrire ! Incroyable pour nous de se dire qu'on peut apprendre une langue sans écrire... on n'apprend pas de la même manière en occident. Il s'est occupé de la pansyon de nombreuses années et nourrissait toute la famille (y compris la famille de son frère, leurs parents...), avec Éphèse le coin est très touristique. Désormais, c'est son frère qui gère la pansyon et leur verse une pension, Adnan est donc à la retraite depuis ses 47 ans ! Il a construit cette belle maison pour toute la famille et a fait creuser un puit de 50m de font car il y a de l'eau sous la maison (Adnan est sourcier !). C'est un vrai havre de paix avec une beau jardin dont la famille tire de quoi se nourrir. Il a compris que l'argent ne fait pas le bonheur, son fils lui a recommandé de vendre sa voiture qui lui coûtait tant (l'essence est très cher en Turquie) et de s'acheter un vélo. Il a fait depuis de nombreux voyages en vélo en Turquie et est plutôt connu dans le milieu ! C'est aussi lui qui a fondé le club de Selçuk mais a pris ses distances depuis... Bref c'est vraiment un personnage et nous sommes très heureux de le rencontrer et de découvrir l'hospitalité turque en plantant la tente dans son beau jardin.

Nous visitons Éphèse avec Clarisse, dont l'entrée coûte nettement moins chère que l’Acropole et pour le coup on se sent vraiment dans une cité antique avec rues pavées et pas mal de bâtiments encore debout (dont certains reconstruits comme la magnifique Bibliothèque de Celsius). C'est superbe et en cette saison, en fin de journée, il y a assez peu de touristes, une fois encore. A l'époque antique, la mer arrivait très proche de la ville qui s'est développée grâce à son port, on voit encore l'allée pavée et bordée de colonnes qui constituait l'entrée de la ville. Depuis la mer s'est largement retirée.


Le lendemain, après un copieux petit-déjeuner avec Adnan et sa famille, nous allons visiter le petit village de Sirinçe par le bus, c'est un peu trop touristique à notre goût et ressemble finalement à nos villages de montagne mais joli tout de même. Passage au marché où nous dégotons notamment de succulentes et charnues figues séchées, des olives.. et nos premières fraises ! Après avoir laissé passer les heures chaudes dans la fraîcheur de la terrasse de Adnan, nous prenons la route direction Aydin à 50km de là où nous avons là encore un Warmshowers de prévu, de même pour Jonathan et Sarah. Vu qu'il est déjà tard nous faisons au plus simple et suivons la route principale.

Nous passons un petit col avec, à notre surprise, pas mal de végétation, ce qui est donc plutôt agréable et où le train longe la route. S'en suit une belle descente puis la plaine sur 25km par la 4 voies jusqu'à la grande ville d'Aydin; Heureusement vent dans le dos et avec une bande d'arrêt d'urgence bien large. Nous entamons notre 1ère traversée de ville turque et nous arrivons assez facilement devant l'adresse de Fatih, un immeuble défraichi, on s'inquiète sur la possibilité de stockage des vélos, pourtant son annonce indiquait qu'il pouvait loger jusque 10 cyclistes, finalement nous le retrouvons non loin de là, dans son échoppe type épicerie de nuit ou "dépanneur" (comme on dit au Québec) où il vend notamment de la bière brassée localement : la Gara Guzu (signifie mouton noir), que nous goûtons dans sa version ambrée. Notre 1ère bière en Turquie ! Les vélos sont remisés dans le stock du magasin et nous trainons dans les environs en attendant qu'il finisse de travailler. Il règne un joyeux bordel autour du magasin, on a l'impression que tous les copains de Fatih viennent au magasin. En Turquie, on peut vendre de l'alcool jusque 22h... théoriquement ;). Nous passons donc un long moment dans et devant le magasin sans savoir trop ce que nous réserve la suite, finalement vers 22h, Aysel, la copine de Fatih nous rejoint et ils vont chercher des döners végétariens pour tout le monde (ils sont végétariens car " we love animals" nous disent-ils), ils tiennent à nous inviter. Nous mangeons dans le parc devant le magasin où nous discutons de religion, de société... ils ne sont pas vraiment croyants, ne sont pas pressés pour se marier (ils considèrent plus ou moins l'être déjà) et ne veulent pas d'enfants car il y en a déjà trop, "if you want kids, you don't need to do them yourself" nous dit Fatih... Clarisse aura attendu la Turquie pour rencontrer quelqu'un partageant le même point de vue qu'elle ! Ils nous emmènent dans l'appartement des parents de Fatih qui ne sont pas là, c'est un vrai palace et ils nous laissent seuls pour la nuit ! Nous avons chacun notre chambre (qu'ils nous ont fait choisir à pile ou face !) et chacun notre salle de bain, il est minuit passé, une bonne douche et au lit.

9h, Fatih et Aysel débarque avec tout ce qu'il faut pour faire un picnic dans un parc surplombant la ville près de l'Université. Nous y montons en tandem avec les bagages dans la voiture, comme ça nous pouvons décoller quand bon nous semble. Super moment en compagnie de la tante et du cousin de Aysel, ils nous régalent une fois de plus avec le classique "brunch" turc, : oeufs, tomates, pain, poivrons, olives, fromage, pâte de sésame... Ils essayent le tandem, on se marre et on profite une fois encore de l'incroyable hospitalité de ce jeune couple. En début d'après-midi, le ventre plein, nous prenons la route de notre côté mais nous savons que nous reverrons les Cycloptimistes d'ici peu.

Pour la suite de l'immense vallée que nous suivons, nous préférons quitter la grande route, donc nous faisons un détour de 15km plein sud alors que nous allons vers l'Est pour changer de côté de la vallée. La route est de moins bonne qualité mais il n'y a quasi personne et nous traversons de petits villages ruraux dans une odeur entêtante et continue de fleurs d'orangers, ça me rappelle le Four des Navettes à Marseille. Nous sommes surpris de voir encore des oranges en fleur en cette saison mais nous appendrons par la suite qu'il y a en Turquie des oranges d'été et des oranges d'hiver. A l'entrée d'un village on se fait brailler dessus par un jeune chien ultra agressif n'ayant pas encore mué, le 1er que l'on sentira vraiment prêt à nous mordre, alors que ses maîtres sont à côté. Une fois le chien calmé, un vieux monsieur avance doucement vers nous et nous offre 2 dattes à chacun... comme une compensation du désagrément causé. Nous avons mal aux fesses du fait des aspérités de la route, nous comprenons que la qualité de l'asphalte impacte grandement notre endurance. Entre deux villages, le bitume se transforme en pavés particulièrement bien agencés sur bien 10km, quel travail ! Nos fesses se reposent un peu mais il est grand tant de s'arrêter. Nous trouvons un champ d'olivier près de ruines (Antiochia) et nous renouvelons notre technique de la douche mutuelle (c-à-d que l'un arrose l'autre avec le bidon de 3L d'eau tel un pommeau de douche). Douchés, on dort tellement mieux ! Nous nous endormons après le chant du muezzin qui rythme désormais nos journées... et nous réveille aux aurores.

Retour sur la route principale, seule possibilité pour nous rapprocher de Pamukkale par la plaine. Ce matin, nous avons rendez-vous dans la 1ère çaykahne du bord de route (ginguette où on sert principalement, voire uniquement, du thé) avec Tony. Nous sommes en contact avec Tony depuis l'Albanie grâce au groupe Whatsapp des cyclistes allant vers l'est, nous nous sommes donnés des nouvelles, nous nous sommes ratés de peu à Athènes... la rencontre devait se faire ! Nous scrutons la 1ère échoppe que nous voyons et un grand sourire paré du belle barbe grisonnante nous accueille : "J'ai cru que j'étais arrivé trop tard, c'était plus loin que prévu !" nous dit Tony. Nous faisons un peu plus connaissance avec ce photographe de Pornic et baroudeur invétéré... ce qui laisse le temps à Jonathan et Sarah (partis la veille de Aydin plus tard que nous et qui ont pris la grande route tout du long) de nous rattraper. Belle brochette de français et de vélos !

Nous repartons tous ensemble sur la 4 voies qui est heureusement bien calme en cette matinée. Nous nous faisons doubler par Mathias et Anniek qui nous attendent un peu plus loin, 2ème rencontre, ça met le sourire à toute la troupe. A Sarakoy, nos routes se séparent une fois de plus avec les Cycloptimistes, cette fois probablement pour un moment, ils vont à Denizli, ville d'1 million d'habitants (!), d'où ils veulent prendre le bus pour Istanbul (et feront juste un A/R à Pamukkale) alors que Tony et nous nous dirigeons directement vers Pamukkale. Dans cette région règne une sorte de voile brumeux persistant dont on se demande s'il est lié à la pollution (Denizli toute proche) ou à l'humidité présente dans l'air, au vu de l'humidité sur les affaires après le coucher du soleil, la 2e option paraît plus probable. Nous nous arrêtons au bled précédent notre destination pour une pide (sorte de mini pizza allongée) dans une gargotte typique turque, c'est pas cher et très bon, le gérant est super content de faire une photo de nous et de nos vélos au moment de notre départ.

A Pamukkale, nous optons pour un hôtel afin de pouvoir visiter sans nos affaires, prendre une vraie couche et un peu de repos et accessoirement utiliser internet pour mettre à jour le blog (ça prend du temps mine de rien !) et faire notre demande de e-visa iranien pour laquelle il faut fournir une photo et photocopie du passeport avec des critères ultra-précis (taille du fichier, format, taille de l'image...).

Nous allons demander le prix du 1er hôtel qui paraît bien clean et bien vide, nous arrivons à négocier avec l'hôtelier qui est plutôt sympa sous son air rustre. Il nous fait bien marrer même surtout quand il aboie sur les touristes qui passent devant l'hôtel, notamment les chinois auxquels il hurle "China!!!!! Hello!!!!! Best prices !!!!!".

Dîner avec Tony dans la plus locale des gargotes une fois de plus, d'ailleurs on n'en trouve qu'une, le reste est clairement orienté pour les touristes et surtout pour les chinois : il y a plusieurs resto asiatiques, et des devantures écrites totalement en chinois, ils doivent venir nombreux par ici !

Même si nous sommes avant la véritable période touristique, nous avons pu constater qu'il y a du monde sur le site à visiter donc nous décidons d'y aller à l'ouverture à 8h afin de profiter avant l'afflux. Nous nous y rendons donc et sommes les 1ers. Pamukkale signifie "château de coton" : sur la colline surplombant la ville, jaillit une eau fortement chargée en calcaire qui se dépose à raison de 0,5g par litre d'eau puis sèche au soleil ce qui a crée d'immenses concrétions blanches parsemées de bassins d'eau bleue claire. Il existait un lieu similaire en Nouvelle-Zélande, les "Pink and White Terraces", lieu de tourisme au XIXe siècle mais qui fut totalement détruit par une éruption volcanique en 1886.

Nous remontons la colline et sommes un peu déçus car nous nous attendions à voir plus de bassins avec de l'eau et aussi car des bus ont déjà déversés des touristes par l'autre entrée du site... damn it! Au dessus de la colline de calcaire se trouve les ruines de la ville thermale romaine de Heriapolis, qui comptait 100 000 habitants et avait une véritable piscine antique existant toujours de nos jours. On se promène tous les trois et nous baignons dans des piscines tout au bout du site, loin des touristes chinois. Lorsque nous revenons sur nos pas, c'est déjà carrément "la chine" au sens propre comme au figuré : le site est bondé... avec beaucoup de chinois mais aussi des turcs. Avec le soleil qui est plus haut qu'à notre arrivée les bassines d'eau bleue ressortent nettement plus et le site prend toute sa splendeur. Il est midi nous pouvons quitter ce superbe lieu, avant de partir je demande tout de même à une guide pourquoi l'eau est canalisée et que toutes les bassines ne sont pas pleines : c'est pour gérer le site, tous les jours ils changent ce qui est alimenté en eau pour que le calcaire puisse sécher et continuer à se former.

Nous trainons à l'hôtel jusqu'à la fin d'après-midi car il fait très chaud, notre "ami" l'hôtelier tente de nous faire rester un soir de plus : "how many kilometers today", "salda golü (notre prochaine destination) too far"... mais nous lèverons tout de même le camp vers 17h afin de d'avancer un peu. Nous quittons désormais le niveau de la mer pour monter sur le plateau d'Anatolie autour des 1000m, sous lesquels nous ne redescendrons pas avant bien longtemps ! L'hôtelier nous accompagne en scooter jusqu'à la sortie du village, l'hôtel est vide il n'a rien d'autre à faire. Il nous aura au final bien fait rire une fois "apprivoisé".


Nous évitons Denizli mais devons emprunter de nouveau une belle 4 voies avec échangeurs, nous nous faisons une dernière fois doubler par le van jaune de Mathias et Anniek, cette fois c'est la dernière puisqu'ils descendent vers la côte sud et nous partons vers l'est. Lorsque nous quittons la grand-route, c'est pour nous payer une côte infernale où les panneaux "stop" turcs semblent nous avertir de la difficulté. Il est l'heure de poser la tente et un champs loin des regards et près d'une fontaine fait parfaitement l'affaire. 1Er bivouac avec un tiers pour nous, ça nous change, du coup on se cache un peu (surtout Clarisse) pour notre désormais habituelle douche de bivouac. On en apprend plus sur Tony qui a de (très) nombreuses histoires à raconter, il a vendu des voitures en Afrique pendant des années, a fait de nombreux voyages en vélo couché (notamment une traversée du désert en Algérie et Mauritanie), a connu de nombreuses femmes mais n'a pas d'enfants... Il est parti il y a 4 mois et a fait de nombreux zigzags mais il a désormais rendez-vous avec sa copine en août au Kirghizistan ce qui lui met une certaine pression de planning...

On repart à la fraîche pour les 600m de dénivelé qui s'annoncent, du moins on a tenté car à 8h le soleil est déjà haut. La suite de l'itinéraire nous permettant d'éviter Denizli nous amène sur une piste terreuse parcourue par de nombreux camions de chantier, pas très agréable et particulièrement poussiéreux mais quand on voit au loin le trafic de camion sur la grande route, seul autre axe, on se dit qu'on est mieux ici tout de même. Nous retrouvons la route à Cankurtaran, il est grand temps pour un petit en-cas, nous nous arrêtons dans une supérette et le jeune propriétaire nous offre le thé. Il est entre 2 boulots : il travaillait dans les panneaux solaires à Istanbul et vient de changer pour un autre poste à Denizli, on discute un moment puisqu'il parle un peu anglais. Pour la suite, nous choisissons une petite route qui nous fait monter un peu plus haut que nous devons mais nous sommes prêts à tout pour éviter la route principale !

Finalement ce sera un très bon choix car ça monte tranquillement, nous sommes à l'ombre des arbres et il n'y a vraiment aucune circulation. Nous nous arrêtons devant une auberge pour prendre de l'eau dans une fontaine, le tenancier vient nous voir et nous offre une nouvelle fois le çay, nous ne pouvons refuser et nous discutons tant bien que mal avec lui en turc. Je commence à me débrouiller un peu grâce aux exercices de l'application Duo Lingo et à Google Traduction, on arrive donc à expliquer notre voyage et à poser quelques questions.

Après les 6 thés chacun des 2 dernières heures nous sommes bien décidés à atteindre notre destination, le lac de Salda Golü (golü = lac) que nous a recommandé Fatih, rapide pause déjeuner-séchage de tente et c'est reparti. Nous avons atteint les 1000m d'altitude et sentons que nous avons quitté la végétation méditerranéenne : fini les orangers et les oliviers qui nous ont accompagnés en Italie, en Grèce puis ces 1ers jours en Turquie, on s'enfonce dans le continent.

La fin de journée est un peu difficile pour tous les 3, nous commençons à sentir quelques dissensions de rythme entre nous. Nous n'atteignons pas le lac car il reste une colline à passer mais nous trouvons un super coin de bivouac au milieu des champs. Nous avons de nouveau trouvé une fontaine juste avant de nous arrêter, nous pourrons donc nous doucher, ça rajoute une étoile au bivouac. Nous commençons à nous installer quand un papex en scooter s'arrête et nous interpelle, je lui demande si on peut rester ici, pas de problème (Tamam !), il restera un long moment et je fais la causette aidé de mon smartphone pendant que Clarisse et Tony installent le campement. Hussein est apiculteur et revient de ses ruches, il nous fait goûter de la piquette maison qu'il a fait lui-même avec un peu de vigne, il est bossu du fait des 25 années de travail manuel à porter des charges, mais il est souriant et sympathique. Il me montre un arbuste dont les feuilles ont un goût citronné qui accompagne très bien le boulgour que nous avons prévu pour le dîner. On passe un très bon moment puis il continue sont chemin vers Güney à 3km de là.

On se lève tôt pour pouvoir profiter un moment du lac qui n'est désormais plus qu'à 15 km, on a prévu d'y faire des crêpes pour le petit-déjeuner (seulement j'ai acheté de la semoule fine au lieu de farine mais ça devrait faire l'affaire). Petite grimpette et belle descente où nous distançons Tony, on est nettement plus lourd que lui et donc prenons beaucoup plus de vitesse ! On se trouve un coin au bord du lac qui n'aura pas la splendeur que nous attendions car le ciel est un peu gris, mais c'est tout de même beau et calme. Seul point noir le nombre de déchets laissés par les familles venant pique-niquer : il n'est pas rare que tout soit abandonné sur place après le picnic... Comment peut-on trouver ça normal de laisser ses poubelles alors qu'on vient pour profiter de la beauté du lieu ? Ça nous attriste beaucoup. Les crêpes de semoules sur le réchaud nous régalent, surtout accompagnées de pâte à tartiner turque au chocolat noir et nous passons donc deux bonnes heures au bord de ce lac aux berges de sable blanc.

On se remet en route en fin de matinée. C'est le marché dans le village de Yeşilova, on s'arrête donc faire le plein de légumes frais, amandes et autres fruits secs. Tony revient accompagné d'un turc parlant français, il est charcutier à Puy-Saint-Vincent (station de ski des Hautes-Alpes) ! Hors saison il revient en Turquie. Il nous laisse son numéro, si jamais nous avons un problème en Turquie. On sent que Tony à envie de prendre son temps, nous avons envie d'avancer... nous nous séparons donc mais nous sommes quasiment sûrs de nous recroiser plus loin vu que nos itinéraires et nos plannings sont proches...

Nous continuons donc à deux (pardon Georges et Bob, à quatre !) notre découverte de ce beau pays. Seuls mais heureux de retrouver notre indépendance et notre rythme. Nous réalisons que les voyageurs solitaires (qui sont nombreux) sont probablement beaucoup plus enthousiastes que nous qui sommes ensembles, à l'idée de rouler avec d'autres cyclos, même si, bien sûr nous sommes hyper contents de rencontrer d'autres voyageurs et de partager quelques jours accompagnés.

Les photos de Turquie ici

 
 
 

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